Forcés de subventionner les gangs de rue

David Santerre
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 13-08-2008 | 12h30

Le pillage et le saccage de nombreux commerces de Montréal-Nord dimanche soir ont ajouté au désarroi des commerçants du secteur, déjà soumis au régime de terreur qu'imposent sans pitié les membres de gangs de rue.

Aussi sur Canoe.ca

Alors que le quartier commence à peine à panser ses plaies après les émeutes de dimanche, la mise en accusation ces derniers jours de trois frères qui sont, selon la police, membres des Bloods, un gang de rue d'allégeance rouge, démontre bien cette tension qui règne depuis longtemps.

En plus d'un vol avec séquestration dans un café italien qui s'inscrirait dans la guerre naissante entre mafia et Bloods, les frères Grégoire et Miguel Paul ont été accusés la semaine dernière d'avoir terrorisé un honnête commerçant du quartier.

Une taxe

En mai dernier, Miguel Paul aurait commis un vol chez Danny's Wear, angle des boulevards Léger et Rolland.

«On est des Bloods, n'oublie pas de payer ta taxe», aurait lancé le jeune de 20 ans à l'employé du commerce avant de fuir, tel que l'a résumé la juge Hélène Morin la semaine dernière dans son jugement refusant la libération aux deux frères Paul. «Il y a une très forte pression sur les commerçants innocents du secteur, qui doivent payer une taxe aux gangs», explique une source bien au fait du milieu des gangs de rue et qui ajoute que cette taxe peut avoisiner les 1000 $.

L'employé du Danny's Wear avait si peur qu'il a refusé de dénoncer Miguel Paul, jusqu'à ce qu'il apprenne que lui et Grégoire étaient derrière les barreaux pour le vol du café italien.

Et encore, cela n'aurait pas empêché les frères Paul de le terroriser.

De la prison, Grégoire, 28 ans, aurait menacé l'employé du Danny's Wear pour le menacer s'il maintenait son témoignage contre Miguel Paul.

Pour réussir, il aurait téléphoné à un autre de ses frères, Jocelyn, 21 ans, qui l'aurait mis en contact téléphonique avec la victime.

Accusé d'entrave à la justice, Jocelyn a été libéré sous conditions lundi.

Le couvre-feu imposé par le juge Jean-Pierre Boyer, de 21 h à 7 h, ne lui a pas plu.

«Vous êtes mieux à la maison, surtout avec ce qui est arrivé hier», lui a lancé le juge, faisant référence aux émeutes.

N'empêche qu'il retournera vivre chez lui, à quatre pâtés de maisons du Danny's Wear, ce qui ne rassurera certainement pas l'employé menacé.


Vidéos

Photos