J.E. Giguère défie la loi

Le Journal de Québec

Un commerçant de Québec, la tabagie J.E. Giguère, de la rue de Buade, dans le Vieux-Québec, a décidé de défier, du moins en partie, la nouvelle loi antitabac qui interdit depuis le 1er juin d'étaler des produits du tabac à la vue des clients.

La tabagie Giguère est l'une des vénérables institutions du Vieux-Québec, enclavée entre l'Hôtel de Ville de Québec et la basilique. La famille Giguère qui tenait déjà un pareil magasin spécialisé depuis 1907, rue Saint-Joseph, dans le quartier Saint-Roch, a repris en 1939 le commerce de tabac J.L. Grondin de la rue de Buade. On y vend des tabacs fins, des cigares, dont les fameux cigares cubains. Un vaste choix d'accessoires de fumeurs, et un très large éventail de journaux et de revues. Le commerce est maintenant la propriété des petits-fils du fondateur, Richard et Simon Giguère.

L'entrée en vigueur de la nouvelle loi pourrait même mettre en péril la survie de J.E. Giguère Tabac.

La loi prévoit des amendes allant de 300 $ à 500 $ pour une première infraction et la possibilité de la suspension du droit de vendre du tabac pour une période d'un mois.

Une dérogation

Copropriétaire avec son cousin Simon, Richard Giguère explique qu'il a demandé une dérogation en raison du caractère très spécialisé du commerce, mais qu'il n'a pas eu de réponse. «J'ai le goût de résister, a-t-il dit très posément en entrevue au Journal de Québec. C'est mon gagne-pain.» Des dérogations sont accordées lorsque plus de 75 % du chiffre d'affaires repose sur la vente de produits du tabac. «Le tabac représente environ 60 % de notre chiffre d'affaires, explique M. Giguère, en raison des loteries et des billets d'autobus. On n'a pas le 75 % pour être exemptés, juste à cause des loteries et des billets d'autobus qui montent vite dans le calcul du chiffre d'affaires.»

«Pour le moment, je n'ai pas l'intention de cacher les cigarettes, précise M. Giguère, même si on va finir par le faire, on n'aura pas le choix.» Il a d'ailleurs demandé des soumissions à des ébénistes pour changer l'ameublement de la tabagie en vue de se conformer partiellement à la loi. «Ça coûtera entre 4000 $ à 5000 $», confie-t-il. «Je ne suis pas contre la loi, insiste-t-il, mais je veux tirer le maximum de mon commerce.»

La tabagie J.E. Giguère jouit d'une grande renommée pour ses choix de cigares et de pipes. «Il y a même des touristes qui reviennent pour les cigares ou une bonne pipe, illustre-t-il avec fierté. C'est très bon pour nous. Si on ne peut plus les montrer, c'est catastrophique pour nous. C'est comme si vous alliez à la Société des alcools et qu'il y avait des draps noirs devant les bons vins.»

M. Giguère soutient d'ailleurs que s'il y a maintenant moins de fumeurs de cigarettes au Québec, son entreprise tire encore bien son épingle du jeu grâce à la vente de ses autres produits haut de gamme. «La cigarette, on n'en vend pas tant que ça, dit-il. Nous sommes très spécialisés. Un choix de pipes comme chez nous, il n'y en pas ailleurs. Il y a une baisse au niveau de la cigarette, mais pour le reste non.»

Richard Giguère a écrit une lettre au ministre de la Santé, Philippe Couillard, aussi responsable de la Capitale nationale, dans laquelle il lui raconte l'origine du commerce familial J.E. Giguère et son histoire, accolée à celle de Québec.


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