Condamné à verser 40 020$

Abus - Dépression - Condamné à verser 40 020$

Affirmant avoir été congédiée, l’employée malade a intenté une poursuite contre le propriétaire de ce concessionnaire Nissan.Photo Le Journal - Donald Courchesne

Sarah Talbot
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 28-05-2008 | 08h41

Le propriétaire du concessionnaire automobile Longueuil Nissan se souviendra longtemps d'avoir tenu des propos abusifs à une employée dépressive : la cour vient de décider qu'il devra verser une somme de 40 020 $ à celle qu'il a injustement congédiée.

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Toute l'histoire débute en mars 2000, soit deux ans après l'entrée en fonction de la directrice commerciale du concessionnaire : elle quitte son poste pour épuisement professionnel.

Mais son mal dégénère en dépression profonde. Pendant son congé, la dame prends soins de son père, atteint d'un cancer. En moins d'une année, la maladie l'emporte et le même scénario se produit pour celle qu'elle considérait comme sa mère.

Un an et demi après le début de son congé, l'automne 2001, soit 20 mois après le début du congé de maladie, l'employeur, Serge Minguy, contacte la dame par téléphone. Jusqu'alors, il ne s'était jamais enquis de l'état de santé de son employée. La conversation tourne au vinaigre.

«Tu n'es pas malade», lui répète Serge Minguy. Il l'informe qu'en conséquence, il retient ses chèques de prestations et qu'il compte faire des pressions auprès de l'assureur pour qu'elles cessent.

Le propriétaire du concessionnaire lui demande si elle réalise combien son manège coûte à sa compagnie et insiste sur le fait que ses collègues, des pères et des mères de famille, doivent payer des cotisations fortement majorées à cause d'elle. «Certains se plaignent de tes abus», ajoute-t-il. L'employée répond qu'elle est véritablement malade et qu'elle a perdu beaucoup de poids.

«Qu'est-ce que tu as ? As-tu le cancer toi aussi ? Si tu as perdu du poids, tu n'as qu'à manger», ajoute Serge Minguy. La dame rétorque qu'il n'a qu'à se référer à l'assureur, qui a en main tous les rapports médicaux et expertises des médecins. Mais le patron insiste. Il préfère se fier à son propre jugement : il soutient que si elle était vraiment malade, elle ne lui tiendrait pas tête de cette façon.

Au terme de cette conversation, l'employée réalise que le lien de confiance est rompu avec son employeur et qu'elle a subi une mise à pied à peine camouflée. Elle prend alors la difficile décision de poursuivre son ex-employeur.

Inspirée par Sophie Chiasson

Le 24 août 2006, Serge Minguy est condamné à verser 40 020 $ en dommages et intérêts à son ex-employée. Il conteste le jugement devant la cour d'appel, mais les trois magistrats viennent de confirmer la décison de première instance.

«C'est Sophie Chiasson qui m'a donné la drive de me tenir debout et de poursuivre, explique la dame, jointe au téléphone. C'était important de le faire. Il s'agit d'un cas de jurisprudence».

À PROPOS DU CONGÉ DE MALADIE DE SON EMPLOYÉE

«Tu n'es pas malade [...], tu travailles ailleurs.»

«Qu'est-ce que tu as ? As-tu le cancer toi aussi ?» «Si tu as perdu du poids, tu n'as qu'à manger.»

À PROPOS DES PRESTATIONS

«Tu es millionnaire depuis le décès de ton père, tu n'as aucun besoin de cela.»

«Tu en as reçu pour toute ta vie. Certains [employés] se plaignent de tes abus.»

«Je retourne les chèques à l'assureur, tu t'arrangeras avec lui.»

À PROPOS DE LA CLINIQUE OÙ IL VEUT ENVOYER L'EMPLOYÉE POUR UNE CONTRE-EXPERTISE

«Je t'avertis, cette clinique où je vais t'envoyer est spécialisée en tordage de bras [...], le poisson va être plus dur à embarquer dans la chaloupe.»


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