Vol de retour mouvementé pour Saïd Jaziri

Stéphane Alarie
Le Journal de Montréal

Après avoir crié partout craindre que les autorités tunisiennes ne le martyrisent en cas de renvoi, l'imam Saïd Jaziri a changé radicalement de discours, hier, avouant avoir été bien reçu dans son pays d'origine,mais il accuse maintenant les agents des services frontaliers du Canada de l'avoir torturé en cours de route.

Quelques heures après son arrivée à Tunis, M. Jaziri a multiplié les entrevues à la télé depuis le domicile de ses parents.

«C'était un cauchemar; une torture physique et psychologique. J'ai des séquelles et tout ça [...] On m'a torturé physiquement à Santa Maria (Portugal)», a-t-il déclaré à LCN quant à son voyage d'une douzaine d'heures, ponctué de quatre escales, à bord d'un appareil privé nolisé.

L'imam s'est notamment plaint de s'être fait tirer par les menottes après être tombé au sol en raison de maux de ventre, puis d'avoir été «attaché sur le siège [d'avion] avec sept attaches».

Quant à son accueil par les autorités tunisiennes, Saïd Jaziri n'avait rien à y redire: «Jusqu'à maintenant, tout va bien. La Tunisie, elle m'a traité bien. Excellent.»

Démenti

Du côté de l'Agence des services frontaliers (ASF), on a démenti avec force détails, hier, les allégations de M. Jaziri en soulignant qu'il avait été examiné par un médecin au départ comme à l'arrivée.« Pour des raisons de sécurité évidentes à bord d'un avion, M. Jaziri a été menotté», a ainsi confirmé le porte-parole Érik Paradis, notant que quatre agents chevronnés, dont une femme, avaient été désignés pour l'accompagner. Un système de rétention en nylon a aussi été utilisé pour s'assurer qu'il ne puisse se servir de ses bras pour donner des coups, a-t-il précisé.

Résistance passive

Selon le porte-parole de l'ASF, le périple se déroulait sans anicroche jusqu'à l'escale à Santa Maria, aux Açores, où M. Jaziri a demandé à aller aux toilettes: «Lorsqu'il a réalisé qu'il était dans un lieu public, il s'est mis à crier, il s'est jeté au sol et a offert une résistance passive.»

«Il se débattait. Nos agents ont dû reprendre le contrôle et le ramener à l'avion. Dès qu'il a été soustrait à l'attention du public, il s'est calmé», a relaté M. Paradis.

Selon lui, à l'arrivée, Saïd Jaziri a refait le même manège, se mettant alors à hurler dans l'aéroport qu'on l'avait malmené.

«Nos agents ont eu la présence d'esprit de faire venir un médecin, qui n'a constaté aucune lésion, sinon des rougeurs et une légère enflure aux poignets dues au port prolongé des menottes. Ce qui est normal, surtout si on se débat», a-t-il dit.

L'exécution d'une procédure de renvoi à bord d'un vol privé n'est pas fréquente. Selon M. Paradis, l'ASF n'y a recours qu'environ quatre fois par an au Québec. Il a dit ne pas être encore en mesure de dévoiler combien a coûté l'expulsion de Saïd Jaziri.

Des sources ont cependant confié au Journal que la facture pourrait s'élever à plus de 50 000 $.


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