Une petite Canadienne menacée

Le Journal de Québec

À moins d'un revirement, une jeune mère sera expulsée dans son pays d'origine avec sa fille de deux ans fortement menacée d'excision, puisque la Guinée est le pays où le taux de mutilation génitale est le plus élevé au monde.

Oumon Touré, une mère célibataire de deux enfants, sera expulsée du Canada la première semaine de juillet, avant même d'avoir pu fournir toutes les preuves de sa demande de résidence permanente pour des motifs humanitaires.

«Son dossier est tombé dans les limbes bureaucratiques», dénonce son avocat, Me Rick Goldman.

L'histoire de cette jeune femme remonte à 2003, à l'époque âgée de 19 ans et sans enfant, Oumon Touré fuyait un mariage forcé en Guinée où elle a été excisée par sa belle-mère.

«Elle y a subi des abus atroces et des traumatismes dont elle souffre encore. Elle a du mal à s'exprimer et on ne l'a pas cru lorsque sa demande a été rejetée en septembre 2006», explique Me Goldman.

Peu après cette décision du ministère de l'Immigration, Oumon donnait naissance à sa fille Fata, l'ainée de ses deux enfants.

Si la mère est expulsée, à moins qu'elle n'abandonne sa fille ici, l'enfant sera exposée aux risques de l'excision. Des études rapportent des taux de mutilation génitale de 96% à 99% en Guinée, soit les plus élevés au monde selon le département d'État américain.

«Je demande ma protection. J'aime mes enfants et je ne veux pas m'en séparer. Je veux qu'ils grandissent en sécurité», a écrit Oumon Touré dans une lettre adressée aux médias. Bouleversée, la jeune femme de 23 ans refusait les demandes d'entrevue.

Pression sur la ministre

Un groupe de soutien demande à la ministre fédérale de l'Immigration, Diane Finley d'utiliser son pouvoir discrétionnaire pour renverser la décision.

Du côté du ministère de l'Immigration, on affirme que le cas de madame Touré a été traité dans les délais:

«Nous avons pris les mesures pour régler la situation le plus rapidement possible», explique Stéphane Malépart.

Oumou Touré est entrée au pays grâce à des papiers illégaux. «Il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans, c'est la seule façon d'obtenir un visa», ajoute Me Goldman.

«En 2006, une famille africaine qui vivait en Alberta a obtenu la résidence permanente pour des raisons humanitaires dans les mêmes circonstances», rappelle Claudette Cardinal, coordonnatrice du réseau de réfugié pour Amnistie Internationale.

La conférence de presse organisée pour dénoncer la situation semble faire bouger Immigration Canada, qui après le cri du coeur lancé aux médias, a contacté Oumou Touré, pour la rencontrer jeudi et discuter de son dossier.

Le rendez-vous pour fixer une date d'expulsion a été reportée à une date indéterminée.

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4 formes d'excision

1) Excision totale ou partielle du clitoris et du prépuce.

2) Excision totale ou partielle du clitoris, du prépuce et des petites lèvres. Pratiquée dans 80% des cas.

3) Excision des organes génitaux externes, le vagin est refermé et cousu laissant une petite ouverture pour permettre les règles.

4) Cautérisation par brûlure du clitoris et des tissus connexes. Pratiquée dans 15% des cas.


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