Les propriétaires divisés sur la question

Taïeb Moalla
Le Journal de Québec

Les propriétaires de cabanes à sucre de la grande région de Québec sont fort divisés quant à l'accommodement qui a conduit à la disparition de toute trace de jambon dans le menu servi à des clients musulmans d'une cabane à sucre de la Montérégie.

«Concernant la cuisine, je n'ai pas de problème à ce qu'on offre un menu sans jambon. C'est un peu comme ce que font les restaurateurs avec les clients végétariens», dit Christine Létourneau, propriétaire d'une cabane à sucre familiale à Sainte-Famille, île d'Orléans.

Là où l'accommodement devient déraisonnable aux yeux de cette dernière, c'est lorsque des clients sont chassés d'une salle pour permettre à des musulmans de faire leur prière. «Il aurait fallu ne déplacer personne. Il ne faut pas déranger le party», ajoute-t-elle.

Accommodante... si c'est payant

Du côté de Marie Villeneuve, propriétaire de la cabane à sucre Érablière de Boulogne, à Val-Bélair, le raisonnement est quelque peu différent. L'année dernière, cette femme a refusé une dizaine de clients musulmans, car ils ne voulaient pas manger de porc. «Le problème, c'est qu'ils n'avaient pas prévenu d'avance. S'ils m'avaient appelée plus tôt, j'aurais accepté.»

Si un groupe de 100 musulmans voulait réserver pour une fin de semaine, Mme Villeneuve serait prête à leur dérouler le tapis rouge. «Je leur ferais le menu qu'ils veulent et je dirais aux autres personnes qui veulent réserver que le cabane (qui compte 150 places) est pleine.» Auquel cas, Mme Villeneuve dit être ouverte à toutes sortes d'accommodements, puisque «ça ne brimera personne».

À l'auberge de jeunesse Le petit bonheur, à Saint-Jean de l'île d'Orléans, la propriétaire, Monique Simard, a accueilli l'été dernier - pendant 41 jours - une troupe de musique formée de 15 musulmans (filles et garçons) venus des États-Unis et de la Guinée.

«J'ai senti qu'il pouvait y avoir des demandes spéciales, mais j'ai tout de suite dit non.» Ainsi, les clients pratiquants étaient libres de faire la prière dans leur chambre, mais pas question de leur offrir une salle commune. Ces derniers étaient également les bienvenus à la table, mais il ne fallait surtout pas demander à la gérante de changer le menu pour leur faire plaisir. «La tourtière, on fait ça avec du jambon. C'est la recette de ma mère et je ne la changerai pas», lâche Mme Simard.

Lorsque le leader du groupe a laissé entendre que la présence de la bière à la table pouvait le déranger, Monique Simard s'est bien gardée de lui révéler que certains membres de sa propre troupe s'adonnaient aux plaisirs de la bouteille... en cachette.


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