Kamal El Batal, candidat du Parti québécois dans Jeanne-Mance-Viger, est satisfait d'avoir obtenu gain de cause. Mais il juge que cette «décision est malheureusement conservatrice et timide».
«J'aurai aimé des dommages punitifs et exemplaires. N'oublions pas que j'avais postulé à 15 reprises à la Coop Fédérée sans résultat entre 2000 et 2003».
Kamal El Batal, qui est détenteur d'une maîtrise en économie rurale et d'un post-MBA, avait acquis la certitude que ses qualifications ne faisaient pas le poids face à son nom à consonance arabe.
En 2003, il a donc envoyé à la Coop Fédérée deux CV strictement identiques, l'un au nom de Kamal El Batal, l'autre au nom de Marc Tremblay.
Marc Tremblay a eu le droit à un entretien téléphonique d'embauche positif, tandis que Kamal El Batal était ignoré.
Trop de discrimination
«Mon but n'était pas d'encaisser un chèque, mentionne M. El Batal, qui travaille aujourd'hui à son compte. Ça fait longtemps que je lutte contre la discrimination à l'emploi [au Québec] qui fait mal aux immigrants hautement diplômés. Conséquence, beaucoup sont en train de voir du côté du Canada anglais. C'est désolant.»
Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, déplore lui aussi la multiplication des cas de discrimination tant dans l'emploi que dans la recherche de logement.
Il plaide donc pour une augmentation des dommages pour créer «un véritable effet de dissuasion».
«La Commission a manqué une occasion d'envoyer un message clair aux employeurs», croit M. El Batal.
La Coop Fédérée n'a pas voulu commenter cette décision. «Nos procureurs sont en train d'étudier ce dossier», a simplement indiqué son porte-parole Martin Scallon.
En janvier dernier, Le Journal de Montréal avait dévoilé les résultats d'un sondage dans lequel 59 % des Québécois se disaient faiblement à fortement racistes.
À la même époque, un immigrant prénommé Mohamed B., frustré de ne jamais être contacté par des éventuels employeurs, a demandé à l'état civil l'autorisation de s'appeler Alex.