Ses toiles vendues pour payer les dettes d'un présumé trafiquant?

Jean-François Racine
Journal de Québec

Fraudée par Richard Sanschagrin, ex-policier devenu courtier en art et arrêté lors de l'opération Fusion, Lucie Théroux verra probablement Revenu Québec vendre ses toiles pour rembourser les dettes de l'accusé qui croupit derrière les barreaux.

En l'an 2000, après avoir peint 29 toiles pour «l'agent» Sanschagrin qui lui promettait de faire une exposition et une vente, la femme de Limoilou mentionne qu'elle n'a jamais revu ses toiles. L'entente verbale n'aurait pas été respectée.

«Six mois de travail pour rien. J'avais confiance en cet homme. Il m'a donné seulement 2000 $ pour l'achat de fourniture. J'y mettais entre 35 et 55 heures par semaine pour une ou deux toiles», dit-elle.

La dernière toile a été terminée en janvier 2001. Le courtier aurait aussitôt tourné le dos à «sa» protégée. Total des pertes? Environ 30 000 $.

À vendre sur le web

«Je n'ai plus peint durant trois ans. J'ai été traitée pour une dépression et j'ai retrouvé plusieurs de mes oeuvres à vendre sur Internet», ajoute Mme Théroux.

Ce n'est qu'en 2006 que cette dernière a appris à la télévision que M. Sanschagrin avait été arrêté et qu'une perquisition avait été effectuée chez lui. Sanschagrin, de Québec, fait partie d'un groupe de sept accusés dans l'opération policière Fusion, menée en 2006. Selon Revenu Québec, il se serait enrichi de 2,3 millions de dollars en participant à l'importation de 912 kg de cocaïne.

Jusqu'ici, le fisc a intenté des procédures judiciaires à l'endroit des présumés trafiquants pour récupérer plus de neuf millions en taxes et en impôts.

«Je croyais avoir retrouvé mes peintures, mais le Revenu m'a répondu que mon nom n'était pas dans la liste des artistes saisis. Finalement, on m'a rappelé pour me dire qu'on avait certaines de mes peintures, mais il fallait que je fasse la preuve qu'elles étaient à moi et que je n'ai jamais été payée! C'est complètement ridicule. J'ai pas les moyens de voir un avocat», indique la signataire des tableaux.

Vente à l'encan

Sans aucun recours, elle dépose finalement une plainte à la police, plainte qu'elle retirera ensuite. «Ils vont les vendre à l'encan au mois d'avril. Mes efforts vont servir à payer la dette d'un criminel. Ça n'a pas de sens», dit Mme Théroux. Selon le Code civil du Québec, le délai de prescription serait dépassé et M. Sanschagrin, en raison de sa possession, serait devenu le propriétaire légitime des tableaux.


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