Cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001 et malgré le resserrement des mesures de sécurité dans les aéroports, des Québécois transportent un bagage qu'ils n'ont pas fait eux-mêmes afin de profiter du chaud soleil des Antilles de façon économique.
En agissant de la sorte, ces touristes se trouvent à participer sans le savoir à un réseau international qui permet de détourner des marchandises des États-Unis vers Cuba.
Remplie à craquer
À Montréal, c'est l'agence Antillas Express, rue Saint- Denis, qui propose aux voyageurs ce séjour abordable dans l'île communiste en échange du transport de la fameuse valise.
Celle-ci est remplie à craquer de biens destinés à des Cubains dont les noms sont indiqués sur des sacs de plastique individuels, a constaté le Journal de Montréal, en faisant l'essai de cette offre de voyage pour le moins particulière, le mois dernier.
Chemises, chandails, sous-vêtements, stylos, crayons à mine, suppléments alimentaires, souliers, sandales, comprimés d'Aspirine et d'Advil, médicaments pour faciliter la digestion, photos personnelles et ensembles pour bébés s'y entassent pêle-mêle.
Officiellement, ces biens proviennent de résidants des États-Unis qui cherchent à les expédier à des parents ou amis à Cuba.
Depuis la révolution cubaine de 1959, les Américains n'ont pas le droit de se rendre à Cuba, ni d'y expédier quoi que ce soit à partir du territoire américain.
«Rien de plus simple»
L'offre de l'agence Antillas Express est fort alléchante: grâce au rabais de 300 $ qui accompagne cette «faveur», un touriste peut s'offrir une semaine de voyage tout compris, incluant les repas et l'alcool à volonté pour à peine 500 $.
Cela représente une économie de 1 200 $, pour une famille de quatre personnes.
Pour bénéficier de ce rabais, «rien de plus simple», explique Irène, une agente de voyages tout sourire.
Antillas Express nous confiera la valise avant notre départ, indique l'agente. Il nous suffira de l'emmener à Cuba comme si c'était la nôtre.
En revanche, le touriste québécois qui accepte de se plier à cette demande doit limiter au maximum les effets personnels qu'il peut apporter.
Tout ce dont il a besoin pour la durée de son séjour doit entrer dans le petit bagage à main qui est autorisé à bord de l'avion.
Légal?
Après avoir traversé les douanes à La Havane, des employés d'Antillas Express prendront possession de la valise préparée à l'insu du voyageur.
Et ils se feront très discrets, a constaté le Journal, sur place.
- Est-ce bien légal?
- Les gens ne posent pas de question quand vous arrivez [à Cuba], assure Irène.
«Des cadeaux pour les amis...»
«Tu n'as qu'à dire que c'est pour toi, ou que ce sont des cadeaux pour des amis cubains...»
Des employés de l'agence Antillas Express ont redoublé d'efforts pour convaincre le représentant du Journal que la mystérieuse valise qu'il s'apprêtait à transporter à Cuba ne lui causerait aucun problème.
«Tout ce qui peut arriver, c'est qu'ils fouillent tes bagages et qu'ils te chargent des taxes à l'entrée», ont assuré les deux employés.
«Mais si ça arrive, tu payes puis tu communiques avec nous ensuite», a indiqué l'un d'eux.
Popularité
Pour prouver la popularité de leur offre de voyage, ceux-ci ont fait visiter un petit garage adjacent à l'agence de voyages.
Des dizaines de valises préemballées et prêtes à partir s'y entassent.
Avant notre départ, les employés prennent tout de même en note le nom et l'hôtel de notre journaliste.
En cas de pépin, ils sauront le trouver là-bas, promettent-ils.