Si les tribunaux tolèrent les clients «aux mains baladeuses» dans les bars de danseuses, ils ne ferment pas les yeux sur ceux qui baissent leurs pantalons dans les isoloirs.
C'est précisément ce qui amènera la direction du cabaret L'Unisexe à comparaître devant la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), à Québec, à la fin du mois.
Trois fois plutôt qu'une, les policiers de la Sûreté du Québec ont constaté «des actes ou gestes à caractère sexuel» dans ce bar de danseuses de Saint-Luc-de-Vincennes, en Mauricie, au cours de l'hiver 2005-2006.
Selon la Régie, les policiers ont également «vu deux clients de l'établissement, qui se trouvaient dans les isoloirs, remonter leur pantalon», en plus d'y retrouver «un étui de condom vide».
En vertu de la Loi sur les permis d'alcool, la Régie peut suspendre ou révoquer le permis d'un détenteur s'il n'a pas pris des mesures «afin d'empêcher dans l'établissement (...) les gestes et actes à caractère sexuel de nature à troubler la paix» ou «nuire à la tranquillité publique».
Selon le porte-parole de la RACJ, Réjean Thériault, ce cas n'est «pas banal». Il est toutefois rare que la Régie sanctionne des cabarets de spectacles érotiques pour ces motifs puisqu'il n'est pas fréquent que les policiers y constatent des agissements de nature sexuelle. Quelques-uns, dont le Paladium d'Or, à Gatineau (en 2001) et le C Sex C, à Saint-Jérôme (en 2004), ont écopé pour ce genre d'infractions.
Limites à respecter...
Selon l'avocat Robert La Haye, les autorités «tolèrent en autant que ça se limite aux mains baladeuses (des clients) sur les cuisses, les fesses et les seins des danseuses», depuis un jugement rendu par la Cour suprême, en 1999, qui acquittait la propriétaire d'un cabaret de Joliette d'avoir tenu une maison de débauche parce que ces gestes n'excédaient pas «le seuil de tolérance de la société canadienne contemporaine». C'est d'ailleurs Me La Haye qui défendait la tenancière en question, Thérèse Blais-Pelletier.
«Mais, dans les cabarets de danseuses, les attouchements aux parties génitales, les masturbations, fellations ou pénétrations ne sont pas acceptables. C'est de la prostitution, dans le sens légal du terme», selon l'avocat, qui a aussi défendu avec succès la légalité des clubs échangistes devant le plus haut tribunal du pays, l'an dernier.