Les agences montréalaises se défendent d'imposer la maigreur à leurs mannequins.
«Tout le monde veut être mannequin, mais ça n'a jamais été un métier pour la masse, c'est l'industrie qui les choisit», tranche Marie-Josée Trempe, directrice de l'agence SPECS.
Excédée par les critiques dont l'industrie de la mode fait l'objet à la suite d'une série de reportages du Journal, madame Trempe jure -- elle aussi -- ne pas recruter de filles trop maigres.
«Chez nous, on cherche des filles qui, naturellement, sans faire d'effort, sont petites. Il faut qu'elles puissent entrer dans le vêtement», ajoute-t-elle. Cette proprié- taire d'agence admet qu'il existe un problème de mannequins trop maigres, mais... ailleurs, pas dans son agence, ni à Montréal.
«36 pouces de hanche, c'est trop gros pour un client de Toronto, qui a refusé une de mes filles récemment», lance-t-elle.
Pas chez nous
«Les mannequins maigres de Montréal sont appelées à travailler à l'inter- nationale», nous dit-on à l'agence Beauties.
«En Europe et à New York, sur la passerelle, elles sont squelettiques, mais pas chez nous», croit Corrine Poracchia, présidente de l'agence Folio.
«Je n'ai qu'une fille qui travaille à Paris et elle n'est pas très en demande parce qu'elle a trop de fesses», confie cette ancienne mannequin qui fait une nette distinction entre les mannequins de défilés et celles qui font de la photo.
«Les filles de défilés sont plus minces que la normale, elles ne doivent pas ressembler au commun des mortels», explique-t-elle.
Madame Poracchia assume totalement le fait de demander régulièrement à ses mannequins de maigrir.
«On le fait tout le temps ! Quand elles nous arrivent toutes jeunes, 90 % n'ont pas une bonne alimentation, on leur dit de changer leur hygiène de vie.»
Personne de l'industrie n'accepte la responsabilité de la présence de mannequins anorexiques, c'est un problème de société, nous dit-on à l'unanimité.
Nouvelle injustice sociale
Pour Luc Breton, qui oeuvre depuis plus de 30 ans dans l'industrie de la mode et qui travaille en ce moment sur le rapport que nous avons à l'apparence, les mannequins trop maigres ne sont qu'un élément parmi tant d'autres d'une problématique plus complexe.
«Le problème dépasse le monde de la mode, on vit dans un monde d'image et de perfection. Je ne connais pas une femme qui ne se remet pas en question physiquement. Le corps est la nouvelle injustice sociale. Jusqu'où irons-nous ?» demande-t-il.