Même s’ils privilégient la minceur extrême, les designers montréalais affirment que les mannequins, chez nous, n’ont rien à voir avec ceux qui défilent en Europe, où la peau sur les os semble avoir la cote.
Pourquoi ? Parce que les filles les plus maigres partent justement de Montréal pour aller travailler sur les marchés européens, soutient Didier Belleguic, directeur de l’agence de mannequins Next.
Christian Chenail, designer montréalais, admet toutefois qu’il a une responsabilité sociale face au choix de la taille des mannequins. «Socialement, il faut refuser ça. Une fille qui a l’air malade, ce n’est pas un bon véhicule pour mes robes», dit-il.
Pourquoi alors privilégier les filles de taille 36 ? «Parce que ce sont les standards de l’industrie. De toute façon, il n’y a pas d’agence de mannequins qui propose des filles de taille 40», précise-t-il.
La mode des créateurs a des standards de taille plus petits que celle du prêt-à-porter, explique pour sa part la designer Marie Saint-Pierre. Le choix des mannequins se fait donc en fonction de la taille des échantillons. «On vend du rêve, on n’est pas dans la réalité. Déjà, en défilé, la caméra ajoute de 15 à 20 livres.»
Denis Gagnon, designer montréalais, est plus catégorique. «Il n’y a pas de responsabilité de la part des designers, c’est plutôt toute l’industrie de la mode qu’il faut changer», dit-il.
Il affirme toutefois préférer les filles très minces pour ses défilés. «Une fille qui a trop de hanches, on ne la prend pas, ce n’est pas beau, ça détruit le vêtement et la silhouette», dit M. Gagnon.
Look prépubère
Selon Mariette Julien, professeur à l’École supérieure de mode de Montréal, «c’est le corps d’une petite fille prépubère qu’on recherche, mais grande comme une femme». Le look androgyne recherché serait influencé par le grand nombre d’homosexuels dans le milieu de la mode, selon Mme Julien.
«Pour monter sur le podium, ça prend une taille 4», dit pour sa part Philippe Dubuc, designer. «Je ne les prends pas rachitiques, mais un mannequin doit être mince», ajoute-t-il.