Montréal présentera-t-il des filles trop maigres?
Quelques jours avant la semaine de la mode de Montréal, qui s'ouvre aujourd'hui, plusieurs mannequins ont confié au Journal subir une pression malsaine pour perdre du poids, quitte à en devenir malades.
«Des mannequins anorexiques à Montréal, il y en a au moins deux sur cinq», dit sans hésiter Caroline Perreault, ex-mannequin de Montréal.
«Certaines tombent même dans la drogue pour maigrir», ajoute-t-elle.
«Pendant 15 ans, j'ai subi la pression de l'agence pour maigrir, ce n'était jamais assez : 120 livres pour 5 pieds 10, ça n'allait pas», raconte cette nouvelle maman de 32 ans qui a un jour décidé de tout abandonner.
«Ça ne me tente plus de me battre contre mon corps, dit-elle. Il y a des filles qui jouent leur santé.»
Des filles, pourtant très minces, reçoivent quotidiennement un message contraire de la part de leurs agences, des designers et des clients de l'industrie.
Celles interrogées par le Journal affirment garder des séquelles : boulimie, manque de confiance et d'estime de soi, mais surtout des rapports troubles avec la nourriture.
Avant même une question de poids, on exige des mannequins un tour de hanche de 34 pouces, quitte à leur demander de se battre contre nature. Le tour de hanche est devenu plus important que la beauté.
Trop grosse à 125 livres ?
«Dès le début, l'agence me disait que si je ne travaillais pas, c'est parce que j'étais grosse», dit Marie, 21 ans, autre mannequin de Montréal qui préfère conserver son anonymat.
Cette dernière a commencé sa carrière à 14 ans dans une grande agence de Montréal.
Elle mesurait alors 5 pieds 8, pesait 125 livres et avait 36 pouces de tour de hanche.
Parfaite à 100 livres
«Aujourd'hui, je me sens puissante quand je pèse 115 livres, mais complètement loser et impuissante à 125 livres.»
Aude, 21 ans, est entrée dans une des plus grosses agences de mannequins de Montréal à 15 ans. Elle pesait alors 100 livres et mesurait 5 pieds 8.
Malgré tout, pour chaque visite à l'agence, «j'arrêtais de manger deux jours avant», confie-t-elle.
«J'étais très maigre et ils aimaient ça, on me disait que j'allais être top modèle.»
Mais à 18-19 ans, son corps a commencé à se former et elle a soudainement perdu son attrait aux yeux de l'agence.
«Le directeur m'a dit qu'il ne pouvait plus me représenter. Il disait que c'était de ma faute, que je n'étais pas assez disciplinée», dit Aude.
«Il m'a lavé le cerveau en me disant que la perte de poids, c'était le succès assuré et plus de sous pour ma famille», confie-t-elle.
Un centimètre de trop
La pression de la perte de poids vient à petites doses pour ces filles de qui on exige des transformations abusives.
Le tort est déjà fait, aujourd'hui son rapport à la nourriture est dérangé et chaque repas est une bataille intérieure.
«On te dit que tu as un cm de trop sur les hanches. Ils te font sentir coupable, tu te mets à les croire parce que tu veux faire partie de l'élite de la maigreur», dit Aude.
À un moment donné, Aude a tout arrêté, incapable de se battre contre son corps qui changeait. «J'ai fait de la boulimie à cause de toute la pression, dit-elle.
«J'ai dû me payer pas mal de séances de psy.
«J'ai quitté à cause de la pression. Tu es déprimée parce que tu ne manges plus.
«J'ai tout arrêté et là, j'ai bouffé.»