La famille gardée dans l'ignorance

Fabrice De Pierrebourg
Le Journal de Montréal

La famille du jeune Mohamed Anas Bennis, abattu par la police de Montréal dans des circonstances nébuleuses le 1er décembre 2005 en marge d'une opération policière, est frustrée de n'avoir aucune nouvelle de l'enquête.

«On essaye de nous cacher quelque chose, explique Najlaa, une de ses soeurs jointe par le Journal.

«Nous voulons connaître la vérité, peu importe que mon frère ait été victime ou fautif. Or, nous n'avons aucune nouvelle, c'est pas normal.»

Le drame était survenu vers 6 h 30 du matin rue Kent, dans le quartier Côte-des-Neiges, à quelques mètres d'un duplex où la Sûreté du Québec menait une perquisition dans le cadre de l'opération Glory.

Il s'agissait de démanteler un réseau de fraudeurs que l'on croyait reliés, à l'origine, à un groupe terroriste.

La version officielle évoque la légitime défense.

Mohamed Anas Bennis, 24 ans, qui marchait sur le trottoir se serait précipité, sans raison, avec un couteau sur un policier en faction, le blessant au cou et à la jambe. Celui-ci aurait riposté avec son arme, le touchant mortellement.

Le père de la victime, consultant commercial au Maroc, avait alors exprimé ses craintes que son fils, musulman pratiquant, portant une barbe et un habit de prière traditionnel, ait été victime autant de son apparence que d'une «absence de maîtrise» du policier.

Procureur malade

En application de la politique ministérielle, l'enquête avait été confiée à la police de Québec.

«Notre rapport a été fini fin mars et nous l'avons transmis au procureur de la Couronne de Rimouski», assure l'agent Jean-Sébastien Roy.

Maître James Rondeau, qui a hérité du dossier en avril, «comprend les inquiétudes» de la famille Bennis, a-t-il assuré au Journal depuis son domicile.

Il explique ce long délai par une surcharge de travail avant l'été. Pour ne rien arranger, il est en congé de maladie à la suite d'une opération au bras. Me Rondeau sera de retour au bureau dans les prochains jours.

Pas question pour autant de hâter les choses : «Je ne suis pas du genre à faire mon travail à moitié. J'ai passé du temps sur ce dossier. Je suis même allé à Montréal pour voir la scène. [...]»

Il estime que d'ici quelques semaines, avant le 1er décembre dit-il, on connaîtra le fin mot de l'affaire et si des accusations sont déposées, ou non, contre le policier.


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