Un naturopathe capable de diagnostiquer un problème de prostate par un simple regard dans les yeux de son patient vient d'être jugé coupable d'exercice illégal de la médecine.
Jacques Owen Labonté, de Danville, en Estrie, a été reconnu coupable d'avoir «diagnostiqué des maladies, déterminé des traitements médicaux et prescrit des traitements et médicaments» par le juge Pierre Bachand, de la Cour du Québec.
Ce naturopathe, qui n'a jamais été inscrit au Tableau du Collège des médecins, a été piégé par deux enquêteurs de cet ordre professionnel, qui sont allés le consulter en prétextant des problèmes de santé, à l'été 2004.
«Je vois ça dans ton visage...»
Le premier enquêteur lui a expliqué qu'il avait des maux de tête et «un problème d'urine» (un «jet pas assez fort» et parfois douloureux...). Sans même l'examiner et «en le regardant dans les yeux», M. Labonté lui a répondu qu'il «avait un problème de prostate». Questionné à savoir s'il ne serait pas préférable d'avoir une prise de sang, le défendeur «le lui déconseille vivement», laissant entendre que son problème pourrait s'aggraver.
Lorsque le supposé patient ajoute qu'il a aussi mal à l'épaule, «le défendeur lui dit qu'il voit ça dans son visage (...) et qu'il a de l'inflammation dans le cou».
Ozonothérapie
Pour le «soulager», le thérapeute a demandé au patient de poser ses mains «sur de petits tapis», pendant 20 minutes. Puis, il l'a soumis à un appareil d'«ozonothérapie» (des tuyaux de verre produisant de petites décharges électriques) pour «oxygéner son sang».
L'enquêteur est reparti après avoir déboursé 100 $, dont 40 $ pour une bouteille de liquide et de zinc, en se faisant conseiller de revenir «au moins dix fois».
«Jugulaire gauche bloquée!»
Un deuxième enquêteur, une femme, a aussi consulté Jacques Owen Labonté, se plaignant de problèmes digestifs. Tout de go, «il la regarde dans les yeux et lui dit qu'elle manque d'oxygène dans le sang et qu'elle a la (veine) jugulaire gauche bloquée». Il prend aussi son pouls «des deux côtés et dit qu'il est plus rapide à droite qu'à gauche».
L'enquêteuse a aussi eu droit à une lecture des lignes de la main, à un «transfert d'énergie par imposition des mains» et un massage dans le cou au terme desquels Labonté lui dit qu'«il se doute qu'elle ferait une grande dépression». Dans l'attente de sa sanction, Jacques Owen Labonté a décidé de porter sa cause en appel.