C'est le monde à l'envers pour l'artiste Roadsworth. Après avoir été arrêté par la Ville de Montréal pour son art inusité peint en pleine rue, voilà qu'il a obtenu des autorités une commande pour une oeuvre destinée au parvis du Palais des Congrès.
«J'ai été surpris que l'arrondissement Ville-Marie me commande une oeuvre, surtout que je venais juste de terminer mes heures de travaux communau-taires», a confié au Journal Roadsworth, de son vrai nom Peter Gibson.
Roadsworth, c'est l'homme derrière les fermetures éclair, les commutateurs, les bougies et les pas gigantesques peints illégalement sur la chaussée montréalaise. Si ses motivations sont de plus en plus artistiques, elles étaient d'abord revendicatrices.
«J'ai commencé par peindre de fausses pistes cyclables dans les rues parce que je trouvais qu'il n'y en avait pas assez à Montréal. Je voulais, en fait, dénoncer la culture de l'automobile», explique l'artiste de 31 ans.
Si Roadsworth a toujours dessiné, il n'avait jamais diffusé ses oeuvres avant 2001, année de ses premières interventions dans les rues de Montréal.
Sortir de l'anonymat
Il a réussi à garder l'anonymat jusqu'à son arrestation, en 2004.
«Ça fait partie du métier. Quand tu fais de l'art de rue illégal, tu restes dans l'anonymat, sinon, tu n'en feras pas pour longtemps.»
Son arrestation médiatisée de 2004 l'a forcé à sortir de l'ombre.
«Tout ça, c'est un peu artificiel. Pratiquer de l'art illégal et se faire arrêter par la police donne automatiquement de la publicité. Je n'ai pas beaucoup travaillé pour avoir cette attention, mais en même temps, je crois que j'ai fait quelque chose d'assez original», soutient celui qui a étudié en musique à l'université McGill.
Les avantages de la gloire
Roadsworth peut pratiquement vivre de son art depuis qu'il se montre le bout du nez. Toutefois, pas moyen de savoir combien il a reçu de l'arrondissement Ville-Marie pour réaliser son oeuvre au Palais des Congrès.
«Nous avons financé le projet, mais le Palais des Congrès fait aussi sa part et nous sommes toujours en train de négocier», s'est contenté de dire Félix-Antoine Jolicoeur, conseiller du maire de l'arrondissement, Benoit Labonté.
Prochainement, Roadsworth s'attaquera au stationnement des bureaux du Cirque du Soleil.
«C'est assez ironique puisque j'ai commencé dans le métier en dénonçant le fétichisme de l'automobile et maintenant, je le glorifie», dit-il en rigolant.
«Dans le fond, pour moi, c'est une occasion de valoriser le site, de faire en sorte que ce ne soit plus juste de l'asphalte.»
2001 : Premières interventions de Roadsworth dans les rues de Montréal
2004 : Arrestation de l'artiste pour méfaits publics.
2006 : Passage devant le juge qui le condamne à une amende de 250 $ et à 40 heures de travaux communautaires
2006 : L'arrondissement Ville-Marie lui commande une oeuvre pour le parvis du Palais des Congrès