Ces espions qui nous entourent

Jean-Philippe Pineault
Le Journal de Montréal

Les entreprises font de plus en plus appel à des agences d'investigation «C'est maintenant une réalité»

Même s'il vient à peine d'être embauché dans une entreprise, un employé gagne rapidement la confiance de ses collègues. Très vite, les salariés lui confient qu'ils pigent parfois dans les stocks de l'entreprise et l'invitent même à en faire autant. Erreur: ils ont été piégés par un espion...

Si vous travaillez dans une grande compagnie qui rencontre des problèmes d'efficacité, méfiez-vous. Vous êtes probablement sous haute surveillance.

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En proie au vol de temps et de stocks, notamment, les entreprises font plus que jamais appel à des «faux salariés», dont le véritable emploi est de renseigner le patron.

Le nombre d'agences d'investigation qui offrent ce genre de service a connu une augmentation spectaculaire au cours des dernières années. On en dénombre près de 30% de plus qu'il y a 10 ans.

Fausses personnalités

«C'est maintenant une réalité. Les entreprises suivent les employés au travail et parfois même dans leur vie privée», affirme Michel Grant, professeur et chercheur au Département d'organisation et ressources humaines de l'UQAM.

Mensonges, fausses personnalités, gadgets de surveillance; ces véritables agents doubles privés prennent tous les moyens à leur disposition pour obtenir le plus d'information possible sur les employés.

Grâce à leur charisme et à leur personnalité, ceux-ci se lient d'amitié avec les personnes sur qui ils sont chargés d'enquêter.

En se faisant inviter dans toutes sortes d'activités sociales - comme un BBQ -, les agents parviennent à devenir suffisamment proches pour recevoir des confidences.

Si les agents doubles font maintenant partie intégrante de la réalité des entreprises, c'est que celles-ci font face à des pertes économiques importantes, soutiennent les nombreuses firmes interrogées par le Journal.

«Ça arrive régulièrement que les compagnies ont des soupçons sur le vol de stocks et de temps, ou encore sur la vente de drogue sur les lieux de travail», dit Jean-Guy Vandal, de l'Agence d'investigation et de sécurité unique.

«Au bout du compte, ça ralentit la production et ça coûte cher à l'employeur», explique-t-il.

Les patrons reçoivent des rapports ponctuels de leur agent double. Lorsque ce dernier a amassé suffisamment de preuves, l'employeur congédie les fraudeurs, en se gardant toutefois bien de dire qu'ils ont été coincés par un espion...



jppineault@journalmtl.com


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