Line Quintal est très déçue

Valérie Dufour
Le Journal de Montréal

«C'est injuste, mais ce sont les choses de la vie et je ne peux rien y changer.»

Line Quintal est très déçue, mais pragmatique. La décision de la cour rendue hier lui laisse peu d'espoir de voir Marcel Talon payer pour le meurtre de son père, Robert Quintal, et elle le sait très bien.

«Je croyais que la justice avait pour but de punir ceux qui tuent. Je pensais vraiment qu'il y aurait un procès pour un crime aussi grave», ajoute Mme Quintal.

Erreur sur la personne

«C'est sûr qu'il est coupable. Il l'a dit lui- même. C'est bizarre, car ces deux meurtres ne faisaient pas partie du contrat de délation. Je suis convaincue que la décision sera portée en appel.»

Robert Quintal a perdu la vie le 21 avril 1978 quand sa voiture a explosé. C'est Marcel Talon qui avait posé la bombe sous son véhicule. Le criminel avait été embauché pour liquider un autre individu et il y avait eu erreur sur la personne.

Même si près de 20 ans ont passé, l'assassinat de son père reste toujours un sujet douloureux pour Line Quintal. «Ça s'estompe un peu avec le temps, mais la blessure est toujours là.»

La dame est cependant convaincue que la population a compris que Marcel Talon était loin d'être un enfant de choeur.

Une vie à l'ombre

1968 - Marcel Talon est condamné à la détention à vie à la suite d'une tentative de meurtre survenue à la taverne Le Plateau à Montréal.

21 avril 1978 -- Lors d'une sortie du pénitencier, un «code 26», Talon pose une bombe sous la voiture de Roland Quintal, 49 ans, à Verdun. Il avouera son meurtre plusieurs années plus tard.

8 juillet 1986 -- Lors d'un autre «code 26», Talon assassine le gérant de banque Pierre Marcoux à Saint-Lambert pour effacer une dette de drogue de 5000 $.

1990 -- Talon attaque un avion-convoyeur de la Brink's qui s'apprêtait à décoller de l'aéroport de Dorval. Ce vol rapporte 15 millions de dollars.

Printemps 1993 -- Talon et ses compères passent six mois à creuser un long tunnel menant à la chambre forte du siège social de la Banque de Montréal dans le Vieux-Montréal. Le coup, estimé à 215 millions de dollars, échoue lorsqu'un arbre au-dessus du tunnel s'affaisse à la suite d'une fuite d'eau.

8 juillet 1993 -- Hold-up raté d'un camion Secur de 46,5 millions de dollars à Saint-Laurent. Talon et ses complices se font surprendre par hasard par des policiers de la SQ.

14 décembre 1993 -- Recherché pour les tentatives de vol de la Secur et de la Banque de Montréal, Talon est arrêté après avoir vendu une bombe de 5000 $ à des amateurs qui requièrent son aide pour la faire sauter.

Décembre 1993 -- Craignant pour sa vie et celle de sa fille, qui a reçu des menaces de ses anciens complices, Talon passe à table en devenant délateur. Il est condamné à sept ans de pénitencier.

Juillet 1994 -- Témoignant à l'enquête préliminaire de ses complices, le délateur Talon s'implique dans le vol de la Brink's et avoue deux meurtres.

Novembre 1996 -- Talon sort de prison et affirme avoir terminé sa carrière de criminel.

1996 - Le journaliste Jean-Louis Morgan écrit le roman biographique de Marcel Talon. Et que ça saute ! est publié aux éditions Stanké.

Décembre 2003 -- Muni d'une nouvelle identité fournie par Québec, le célèbre bandit falsifie des chèques du ministère du Revenu et se fait pincer. Il retourne derrière les barreaux, où il a passé la moitié de sa vie, pour trois ans.

Mars 2004 -- Le film Le Dernier Tunnel, réalisé par Érik Canuel, prend l'affiche au cinéma. C'est Michel Côté qui interprète le personnage de Talon.

Avril 2004 -- Line Quintal, fille de la victime innocente Roland Quintal, multiplie ses démarches pour faire reprendre l'enquête sur le meurtre de son père.

vdufour@journalmtl.com


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