Jack Todd a besoin d'un interprète / Lost in Translation

Patrick Lagacé - Jack Todd a besoin d'un interprète / Lost in Translation

Le Journal de Montréal

Jack Todd est un chroniqueur sportif de The Gazette et il fait partie de cette surprenante frange d'Anglo-Québécois qui vivent à Montréal depuis des années sans comprendre ou parler le français. D'où la version anglaise de ma chronique: pour que Todd la comprenne.

Todd est chroniqueur dans un journal situé dans une ville, et une province, où on parle surtout français. Ça l'aiderait à comprendre ce dialecte quand il s'aventure hors de sujets comme le jeu de puissance du Canadien.

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Jack Todd m'a planté dans sa chronique de lundi, à propos de mon papier de samedi dernier, où j'évoquais Saku Koivu, qui ne s'abaisse jamais publiquement à baragouiner le français en public. Saku Koivu, dans cette chronique, était un prétexte pour parler de la place du français à Montréal et des relations anglos-francos en 2006.

Jack Todd a le droit de dire que je suis un trou du cul, c'est un droit protégé par la Constitution (et des fois, c'est vrai que je suis un trou du cul).

Sauf que Jack Todd me prête des propos - sur Bob Gainey - que je n'ai jamais écrits. Todd prétend que j'ai planté le français parlé de l'ancien capitaine du Canadien: «Il en a rajouté en écorchant Bob Gainey, qui parle un français du West Island.»

Ton film préféré est-il Lost in Translation, Jack? On dirait. Voici ce que j'ai écrit, Jack: «C'est Bob Gainey, qui parle un français à faire rougir des quartiers entiers du West Island, qui a répondu...»

Ça veut dire, Jack, que le français de Bob Gainey est si bon, si élaboré (pour un Ontarien) qu'il pourrait faire rougir bien des unilingues anglais du West Island.

Comprendre le contraire...

Vous voyez la bourde? Dans une chronique où il ridiculise les sensibilités linguistiques de plusieurs Québécois, Todd est incapable de comprendre une phrase de 20 mots en français.

Il comprend, en fait, le contraire...

Voici un gars qui a une chronique dans le seul quotidien anglophone de Montréal. Mais qui est incapable de comprendre ce que les francophones disent quand ils parlent! Ça ne l'empêche pas d'écrire sur des questions complexes d'identité et de langue au Québec. Et d'en rire.

Ils sont combien, comme ça, chez les Anglos - chez les commentateurs, les chroniqueurs, les animateurs de tribunes téléphoniques - à parler des réalités du Québec sans comprendre la langue de la tribu majoritaire?

J'ai titré ma chronique de samedi Saku Koivu Speaks White. Jack Todd, de toute évidence, n'a pas compris la référence à ce Speak White, m'invitant à aller marcher je sais pas trop où à New York pour connaître la vraie signification de l'expression.

Eh bien, ici, à Montréal, Speak White, c'est ce que des Anglos disaient aux Francos, pour les rabaisser. Un gros symbole historique, Jack. Rien à voir avec New York.

Accusation gratuite

Ce qui fait le plus mal, Jack, c'est quand tu m'accuses d'avoir incité à la haine.

Comment peux-tu m'accuser d'inciter à la haine? Tu comprends même pas ce que j'écris.

Jack, je suis l'arrière-petit-fils d'une Écossaise débarquée du bateau. Je l'appelais Granny Bailey. Sa fille, Veronica, ma grand-mère, parlait français comme Bob Gainey, Jack. Je baigne dans l'anglais depuis que je suis né (toi, ça parlait français, dans le Nebraska de ton enfance?). Alors, les relations anglos-francos, Jack, je connais. J'en suis un peu le fruit, tu vois.

Tu me pardonneras, Jack, de ne pas prendre de leçons sur la sensibilité inter-linguistique en nos terres d'un gars comme toi, un Américain arrivé à Montréal il y a 20 ans, et qui ne comprend pas encore ma langue. (Il n'est pas trop tard pour apprendre, Jack: compose le 254-6011.)

Oublie la langue, Jack. Parle de ce que tu connais. Parle de jockstraps.


Jack Todd is a columnist at The Gazette and he is a member of that surprising tribe composed of Anglo-Quebecers who've lived in Quebec for years but cannot, for the life of them, speak or understand French. This English version of today's column is to make sure Todd understands every word.

Todd is a columnist at a newspaper located in a city, and a province, where we speak mostly French. It would help him quite a bit if he could understand the dialect when he talks about subjects other than the Hab's power play.

Jack Todd lambasted me in his Monday column, when he wrote about my Saturday column about Saku Koivu never speaking French in public.

Koivu, in my column, was in a way just a pretext, a way to speak about the French language's place in Montréal, and anglo-franco interaction in 2006.

Jack Todd has the absolute right to say I am an asshole. It's a constitutionnal right to say so (and it is true that, sometimes, I am an asshole).

But Jack Todd says I wrote stuff I never, ever wrote in my column. Todd alleges that I wrote negatively about Bob Gainey's grasp of the French language: «(He) topped that by sneering at Bob Gainey for speaking 'West Island French'.»

Is Lost in Translation your favorite movie, Jack? Sure seems so. Because here is what I wrote: «Bob Gainey, who speaks a French that could put to shame entire West Island neighbourhoods,...»

Jack, that means that Gainey's French is so good, so sophisticated (for an Ontarian), that it embarasses a number of unilingual anglos who live in the West Island.

Understanding the opposite...

Does everyone see the mistake? In a column where he basically makes fun of the linguistic worries of a lot of Quebecers, Todd is utterly incapable of understanding a 20-word French sentence.

He understands, in fact, the opposite.

Here is a guy who has a column in Montreal's only English newspaper. But he doesn't undertand what francophones mean when they speak. Mind you, that does not stop him from writing about complex issues of identity and language in Quebec. And to mock those same issues.

How many are there like that in the anglophone community - commentators, columnists, radio show hosts - who speak about Quebec's realities without understanding the language of its main tribe?

The title of my column, Saturday, was Saku Koivu speaks white. Evidently, Jack Todd did not catch what I meant by this speak white, inviting me, instead, to go stroll some means streets in New York City to find the true meaning of speak white.

Well, see, here in Montreal, Speak White is what some anglos used to say to francophones, to belittle them. Huge historical symbol, Jack. Nothing to do with NYC.

Baseless accusation

What hurt most was when you accused me of hate-mongering, Jack. How can you level such an accusation?

You don't even understand what I write.

Jack, my great-grandmother came here from Scotland. I used to call her Granny Bailey. Her daughter, Veronica, spoke French like Bob Gainey. I was exposed to English since my birth (was French a staple of your Nebraska childhood, Jack?). So I know a bit about anglo and franco relationships. It's a part of me, you see.

So you'll excuse me, Jack, for not taking linguistic-sensitivity lessons from you, an American who came here 20 years ago and who still doesn't understand French. (Not too late to learn, Jack: 254-6011.)

Forget about language issues, Jack. Stick with what you know. Stick with jockstraps.


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