Les profs aussi y prennent goût

Jean-Philippe Pineault
Le Journal de Montréal

Les étudiants ne sont pas les seuls à tricher à l'université; certains enseignants s'y risquent aussi.

Une pratique généralisée dans le milieu de la recherche universitaire voudrait que les directeurs de recherche s'approprient le travail des étudiants de maîtrise ou de doctorat qu'ils supervisent.

«C'est courant, confie un enseignant sous le couvert de l'anonymat. Souvent, le travail va porter le nom du directeur de recherche, alors qu'il n'a rien fait.

«Certains profs titulaires veulent rester assis sur leur steak et seulement piquer les idées de leurs élèves», soutient un chargé de cours qui a goûté à la médecine dans le passé.

Selon des profs d'université qui ont voulu demeurer anonymes, les étudiants frustrés se taisent puisque c'est la seule façon pour eux d'obtenir du financement pour leur recherche.

Réel problème

Édith Deleury, présidente de la Commission de l'Éthique, de la Science et de la Technologie, un organisme gouvernemental québécois, estime que ce sont des pratiques qui existent.

«Il arrive que le directeur de recherche soit le premier à signer le travail, avoue la prof de droit à l'Université Laval. Il peut y avoir un problème si le professeur n'a pas réellement participé au travail.»

Présidente du Comité de discipline de l'Université de Sherbrooke et enseignante à la Faculté de droit, Geneviève Cartier a aussi entendu parler du phénomène. «Ce sont des choses qui se disent, indique-t-elle. La concurrence est très forte sur le nombre de publications, alors j'imagine que ça peut arriver.»

Afin de freiner le phénomène, Me Deleury suggère de «clarifier les règles du jeu» autant auprès des étudiants que du corps professoral.

«On doit être capable de dire ce qui est du plagiat et ce qui n'en est pas, pense-t-elle. Il n'y a pas de doute qu'il y a un travail de pédagogie à faire.»


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