Un bref instant, Karla a craqué

Jérôme Dussault -Journal de Montréal

C’est finalement le récit des sombres crimes commis avec son conjoint Paul Bernardo, particulièrement le viol de sa propre sœur, qui a fait craquer Karla Homolka, hier.

En entendant le policier Brian Noble, du Niagara regional police service, raconter les atrocités commises sur deux adolescentes tuées par son mari qui les a d’abord violées en sa compagnie, des scènes filmées sur vidéo, Homolka a baissé la tête, ses long cheveux dissimulant ses yeux qui se remplissaient d’eau.

Lorsqu’il fut question de sa jeune sœur, qu’elle a droguée le 23 décembre 1990, pour l’offrir comme jouet sexuel pour Noël à son conjoint, elle a sorti un mouchoir pour essuyer les larmes qui coulaient.

Quinze ans après ce premier crime et après avoir purgé au complet sa peine de 12 ans de prison, celle qui se fait maintenant appeler Karla Leanne Teale tente de reprendre une liberté complète. Ce que le ministère public veut éviter par une procédure exceptionnelle prévue au Code criminel qui vise à lui imposer de sévères conditions. Sa dangerosité l’exige, plaide-t-on.

À 9 h 47 précises, quelques minutes avant d’entendre le seul témoin de la Couronne, Karla avait fait son entrée tant attendue dans le box des accusés de la salle 1.05 du palais de justice de Joliette.

Chaînes aux pieds
Le son de ses chaînes aux pieds avait alerté de son arrivée imminente la cinquantaine de personnes, représentants des médias et membres du public, entassées dans la salle d’audience.

Dans le plus grand silence tous les regards se sont tournés vers l’élégante femme de 34 ans à la chevelure châtaine. Elle a jeté un bref regard en direction de l’assistance avant de s’asseoir à côté d’un agent de la sécurité publique.

D’entrée de jeu, son avocate ademandé de remettre l’affaire, le temps de préparer une requête en arrêt des procédures. Me Sylvie Bordelais plaide l’abus de procédure contre sa cliente qui a conclu une entente avec la justice ontarienne en 1993.

Aujourd’hui, cédant à des pressions politiques, argue l’avocate, le procureur général de l’Ontario veut revenir sur sa parole.

Le juge Jean R. Beaulieu a rejeté la demande, soulignant que le tribunal n’est pas lié par cette entente privée.

Les substituts du procureur général ont donc pu présenter leur preuve qui repose essentiellement sur un rapport psychiatrique datant de 2001. Celui-ci conclut que la blonde meurtrière souffre de trouble de personnalité avec traits narcissiques et antisociaux.

Toujours un danger
Selon le policier Noble, elle présente toujours un danger pour la société. Il a dit craindre, advenant sa libération totale et sans condition, qu’une nouvelle victime puisse subir de sa part des sévices graves.

La Couronne a en outre évoqué une correspondance récente entre Karla et Jean-Paul Gerbet, un homme emprisonné pour le meurtre de sa conjointe. Me James Ramsay a parlé d’échanges de sous-vêtements entre les deux détenus et de la prétendue découverte d’une photo de Gerbet nu dans la cellule de Karla.

La défense a de son côté insisté sur d’autres rapports de psys qui font état de stress post-traumatique et du syndrome de la femme battue pour expliquer la condition de Karla Homolka au moment des crimes.

Me Bordelais a reproché au ministère public de s’appuyer sur un seul des quelque 20 rapports réalisés sur sa cliente depuis le début de son incarcération.

Ce matin, le Dr Louis Morissette de l’Institut Pinel témoignera pour Karla Homolka. Celle-ci a refusé de se prêter à la contre-expertise réclamée par la Couronne.

Une femme de 34 ans amaigrie
Ayant l’air fatiguée, Karla Homolka s’est montrée impassible tout au long de l’audience, à l’exception des quelques larmes échappées au tout début.

La femme de 34 ans a visiblement maigri par rapport à celle qu’on aperçoit sur les nombreuses photos croquées en prison.

Légèrement maquillée, vêtu d’un veston et pantalon beige, d’un col roulé noir, les cheveux lisses et soyeux, l’élégante femme s’est fait discrète. Suivant attentivement le débat qui se déroulait devant elle, Karla Homolka s’est bien gardée de manifester quelque expression que ce soit.

Avec son air sombre et sévère, elle n’a jamais tourné le regard vers l’assistance, mis à part un coup d’œil furtif assorti d’un sourire en entrant dans la salle d’une cinquantaine de places. Puis, celle dont il faut reconnaître la beauté est restée de glace.

Si son avocate a obtenu qu’on la libère de ses menottes, une permission toujours accordée sauf exception, Homolka a toujours conservé ses liens aux pieds, le son des chaînes se faisant entendre dès qu’elle faisait un pas.

Deux fois elle s’est levée en pleine séance pour s’entretenir avec son avocate. Dans le premier cas, Me Bordelais a dû interrompre le contre-interrogatoire du policier Noble. Dans le second, l’avocate interrogeait son propre témoin, Daniel Cournoyer, un chef d’équipe à l’établissement de Joliette, là où a été détenue Homolka de 1997 à 2001 et de 2003 à aujourd’hui.

Ce dernier est venu entretenir la cour du comportement irréprochable et de la conduite exemplaire de la célèbre détenue, elle qui s’est impliquée dans tous les programmes qui lui ont été proposés. Malgré son dossier disciplinaire vierge, les Services correc-tionnels se sont opposés à cinq reprises à une libération conditionnelle. Le critère de sécurité était invoqué.


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