Même si les compagnies de recherche à contrat occupent une large place dans les études cliniques, c’est dans les universités et les hôpitaux qu’il se fait le plus de recherche avec des cobayes humains.
Seulement à l’Université McGill, c’est pas moins de 400 nouvelles études qui sont enclenchées chaque année. Dans plusieurs cas, il faut recruter des volontaires pour valider des résultats de recherche.
Ainsi, environ 40 % des études portent sur des essais cliniques de médicaments. La grande différence avec les études des centres de recherche à contrat, c’est le fait qu’il n’y a pratiquement jamais de rémunération. Dans certains cas, on rembourse les frais de déplacement, mais c’est tout.
Médicaments
«On fait très peu de recherches de phase 1 (avec des sujets sains). La plupart des études sont faites avec des candidats qui ont une maladie spécifique. Au lieu d’une rémunération, ils bénéficient d’un traitement qui n’est pas commercialisé», dit le Dr Denis Cournoyer, directeur du bureau d’éthique de la recherche à McGill.
Selon lui, l’encadrement de ces études est aussi serré, sinon plus, qu’en centre de recherche contractuelle. «On vise à faire des vérifications au hasard pour environ 10 % des études par année», dit-il.
Règles sévères
«Quand on teste une nouvelle molécule, il y a des règles d’éthique très sévères. Ainsi, on doit prouver que le médicament apporte une amélioration par rapport à ce qui est déjà sur le marché», dit Jean-Guy Besner, professeur titulaire en pharmacie à l’Université de Montréal.
Même si elle est incapable de le chiffrer, l’université fait elle aussi des centaines de recherches avec des cobayes.
«C’est très différent des compagnies de recherche à contrat dont 80 % des médicaments testés sont des génériques, des copies de ce qui est déjà sur le marché», dit celui qui a déjà travaillé pour Biopharm à Laval.
«Monsieur Lemay, vous serez le numéro 27»
– «Votre nom, s’il vous plaît?»
– «Éric Yvan Lemay»
– «Monsieur Lemay, vous serez le numéro 27.»
Voilà comment je suis devenu le numéro 27 de l’étude AA18112. Pendant les quatre prochains séjours de 36 heures, on n’allait m’appeler que par mon numéro.
L’étude clinique s’est déroulée dans un immense local d’un bâtiment industriel de Saint-Laurent. Une semaine auparavant, j’ai subi une série de tests médicaux pour s’assurer que j’étais en santé.
On m’a ensuite rappelé pour me dire que j’étais accepté comme volontaire et que j’aurais le numéro 27. L’étude portait sur la comparaison entre des comprimés de Pravastatine, un médicament contre le cholestérol.
Sac fouillé
On me promettait une compensation de 1 200 $ à la fin de l’étude.
En entrant dans les locaux de Services Pharma MDS, le mercredi après-midi, il a d’abord fallu que je me soumette à une fouille complète de mon sac. On cherche tout appareil qui permettrait de prendre des photos, de la nourriture ou des médicaments. Malgré tout, on pourra déjouer la sécurité et filmer avec une caméra cachée.
Puis, on est montés au deuxième étage.
On y retrouve un laboratoire, une grande salle commune, des dortoirs et une salle à manger. Des caméras nous filment en permanence. Après avoir fourni un échantillon d’urine (qui permet de détecter les drogues), j’ai fait la rencontre de Maurice avec qui je joue au billard.
Des habitués
Maurice est un habitué des études. Il en a fait plus d’une dizaine. En fait, je suis l’un des rares volontaires qui participe pour la première fois. La plupart ont fait deux, quatre et même plus de trente études cliniques !
Au cours de la première journée, je ferai ainsi la connaissance de Marie-Ève, qui en est aussi à son premier séjour, de Francis, un jeune homme de 26 ans, modèle, casquette à l’envers et camisole.
Il y a aussi Vicky, une femme de 31 ans en chômage et mère d’un bambin de quatre ans et Valérie, une autre jeune mère dans la vingtaine.
En tout, nous sommes cinquante à vivre dans les locaux de l’entreprise. La première prise de sang se fait le lendemain de notre arrivée (sauf pour les filles qui ont dû fournir un échantillon de sang en entrant pour s’assurer qu’elles n’étaient pas enceintes).
Les piqûres
Il est 7 h 27 du matin lorsqu’on me fait ma première piqûre. Comme j’ai le numéro 27, on me piquera toujours à la vingt-septième minute de l’heure. On s’assure ainsi d’une constance dans la collecte des données. Je grimace, mais je dois m’habituer.
Au cours de mes quatre séjours, je fournirai un total de 78 échantillons de sang.
Peu après, on nous donne notre première dose de médicament. Après la prise du médicament, on doit absolument rester assis pendant quatre heures. Même pour aller aux toilettes, il faut demander la permission.
Des prises de sang sont effectuées aux dix minutes durant la première heure, puis aux demi-heures par la suite. Une fois la période de quatre heures terminée, on peut se lever et aller manger.
Le reste de l’après-midi est à notre disposition, à condition de ne pas oublier de fournir un échantillon de sang à l’heure.
Ma première session se termine le vendredi matin à 9 h 30. On me donne un jus, un muffin et deux billets de 20 $.