Condition masculine : il y a urgence d'agir

Yves Chartrand - Journal de Montréal

QUÉBEC – Un rapport sans précédent sur la condition masculine québécoise commandé par l’ancien gouvernement conclut qu’il y a « urgence d’agir » pour annihiler le malaise d’identité dont souffre une partie importante des hommes au Québec.

Le rapport Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins, dont le Journal a obtenu copie, estime « qu’il est plus que temps que le Québec s’engage sans équivoque et prenne réellement en compte les multiples difficultés auxquelles sont confrontés bon nombre d’hommes ».

L’étude commandée en 2003 par l’ancien ministre péquiste Roger Bertrand a été remise au ministre de la Santé, Philippe Couillard, le 7 janvier.

Le rapport formule 16 recommandations, dont une majorité vise directement les services dispensés par le gouvernement. « Les clients masculins y sont parfois reçus froidement par des dispensateurs de services, pas toujours tolérants et disposés à leur endroit », disent les auteurs. Ces attitudes découlent, selon eux, « d’une opinion généralisée à l’effet que les hommes n’ont pas besoin d’aide ».

Le comité recommande à ce sujet la création d’un comité dont la mission serait d’élaborer et de mettre en œuvre « une stratégie interministérielle de soutien à la condition masculine ».

Il y a « urgence de reconnaître publiquement les besoins des hommes » au Québec, estiment les auteurs du rapport.

Tabous
« Il faut attaquer les tabous en affirmant sans réserve que plusieurs hommes sont en situation de difficulté aux plans de la santé physique, de la santé mentale et du comportement. » Les auteurs recommandent au gouvernement d’augmenter les ressources communautaires pour les hommes en situation de crise.

Le comité estime aussi nécessaire « de revoir les principales mesures entourant les ruptures d’union », dont « l’ensemble du processus judiciaire et des lois qui l’encadrent », pour mieux protéger les liens père-enfant. « Il faut s’attaquer aux préjugés négatifs à l’égard des hommes, notamment ceux qui leur attribuent le monopole de la violence. »

Les femmes s’affirment, les hommes se cherchent
Le Québec est « ce qui se rapproche le plus du paradis en matière de condition féminine », disait l’animatrice française Florence Montreynaud, récemment.

À l’opposé, le rapport Rondeau sur la condition masculine montre qu’une partie importante des hommes au Québec ne se résolvent à demander de l’aide qu’en dernier recours, lorsqu’ils sont au bord de l’abîme.

Suicides
Pourtant, peut-on lire dans le rapport, « ce sont les hommes qui enregistrent dans plusieurs domaines le plus de malaises, vivent le plus de difficultés et présentent le plus de vulnérabilités aux plans de la santé et du comportement ».

Au cours des 20 dernières années, le taux de suicide chez les hommes québécois a connu une augmentation considérable. Malgré cela, à peine le tiers des consultations en santé mentale sont faites par des hommes, précise le rapport.

 Les « impératifs d’image de force perdurent encore » chez beaucoup d’hommes pour qui « demander de l’aide, c’est souvent devoir renoncer au contrôle plutôt que de le conserver, accepter ses faiblesses plutôt que de faire état de sa force ».

Les hommes ont la très nette perception « que les tribunaux avaient comme prémisse que les hommes ne peuvent et ne devraient pas être un parent principal auprès de leurs enfants ».

En fait, nuance le rapport, dans 70 % des cas de divorce et dans 84,5 % des cas de rupture d’union libre, la garde des enfants est confiée exclusivement à la mère. Les hommes vivent néanmoins un important sentiment d’injustice.

Lorsqu’ils ont besoin d’aide, les hommes québécois ont peu d’endroits où s’adresser.

Un inventaire effectué en 2003 par le chercheur Germain Dulac montre que sur les 2 800 ressources communautaires présentes au Québec, 76 seulement s’adressaient exclusivement à une clientèle masculine. En outre, plus de la moitié de ces ressources ont moins de cinq employés dont la moitié œuvrent à temps partiel.

Un drame conjugal à l’origine du rapport
QUÉBEC – Un drame conjugal où un « homme tranquille » avait tué ses enfants et sa femme avant de s’enlever la vie a été l’élément déclencheur pour la création du comité de travail sur la condition masculine.

En avril 2002 à Longueuil, Martin Brossard, un père séparé de 33 ans, noyait ses fillettes Béatrice et Claudia et étranglait sa femme Liliane de Montigny, avant de se pendre dans la maison familiale.

Les militants de la condition masculine du Québec ont, à partir de ce moment, mis de la pression sur le gouvernement Landry pour qu’il crée un comité de travail sur les réalités des hommes au Québec.


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