Sarah Daoust-Braun
Agence QMI

Agressions sexuelles: une application pour connecter les victimes et les aider à dénoncer

Agressions sexuelles: une application pour connecter les victimes et les aider à dénoncer

Sarah Daoust-Braun

Sarah Daoust-Braun

Une Montréalaise qui a déjà vécu de la violence sexuelle vient de lancer une application qui permet de mettre en contact les victimes d'un même présumé agresseur sexuel, et de les aider à dénoncer.

Tanya Zajdel, une jeune mère de famille monoparentale, a mis sa carrière d'infirmière sur pause pendant un an pour développer l'application bilingue «Us Too» (ustoo.ca), mise en ligne le 9 mai dernier. Elle s'est entourée d'une équipe de huit bénévoles et a consulté une trentaine d'experts.

«Comme survivante, je voulais connaître mes options », a confié la résidente du quartier Notre-Dame-de-Grâce, qui présente son outil alors que le mouvement #metoo (#MoiAussi) incite davantage de victimes à dénoncer leur agresseur depuis l'automne dernier.

En entrevue à propos de l'application, l'avocat-criminaliste Zayid Al-Baghdadi a toutefois émis certaines réserves sur ce site web nouveau genre, qui s'inspire de la plateforme Castillo, qui permet à des étudiants de campus américains d'enregistrer un rapport d'agression et d'être mis en lien avec d'autres victimes.

«En cour, les témoins doivent s'abstenir de communiquer ensemble. Si plusieurs victimes peuvent parler entre elles, il y a un risque de contamination des faits», a précisé Me Al-Baghdadi.

Tanya Zajdel reconnaît que les victimes peuvent s'écrire, mais elles sont fortement encouragées à le faire par l'entremise d'un avocat, d'un thérapeute ou d'un enquêteur, soumis au secret professionnel. Elles communiquent entre elles selon des balises précises et avec des adresses courriel cryptées.

Rapport anonyme

Une victime d'agression ou de harcèlement sexuel, ou atteinte d'une infection transmissible sexuellement transmise par une personne «mal intentionnée» peut déposer un rapport anonyme sur «Us too», où elle indique le nom de son présumé agresseur via le profil Facebook ou LinkedIn de ce dernier.

Ce rapport horodaté pourra ensuite servir de témoignage si la victime décide de porter plainte, ce qui peut prendre plusieurs mois. «La date de soumission du document peut donner un certain poids à la version des faits», a souligné Zayid Al-Baghdadi, qui ajoute qu'il faut cependant toujours prioriser les services policiers.

L'avocat s'inquiète de la possibilité que le site soit victime un jour de piratage informatique.

«On teste le site de façon continue avec des hackers pour voir toutes les possibles failles», a assuré Tanya Zajdel, précisant que sa plateforme est complètement anonymisée. L'information contenue dans les rapports est comptabilisée à des fins de statistiques, mais les documents sont ensuite rapidement détruits et aucun membre de son équipe n'y a accès.

Me Al-Baghdadi et Mme Zajdel conviennent tous les deux qu'un présumé agresseur pourrait tout de même déposer un rapport sur «Us Too» pour voir s'il y a des personnes qui l'ont dénoncé.

Aussi, les victimes qui enregistrent un rapport et qui se connectent avec d'autres victimes pourraient être appelées à comparaître en cour ou que leur document soit utilisé comme preuve, même si elles ne le désirent pas.

«Les risques restent très faibles», a soutenu Tanya Zajdel. Cette dernière demande une contribution de 5 $ lorsqu'on veut enregistrer un rapport afin de limiter le nombre de déclarations et prévenir les abus.



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos