Camille Gaïor
Agence QMI

Toujours plus de pression sur les itinérants à Montréal

Toujours plus de pression sur les itinérants à Montréal

Bernard St-Jacques (à gauche) et Pierre Gaudreau (à droite), du RAPSIM. Photo Camille Gaoïr / Agence QMI

Camille Gaïor

MONTRÉAL - Des organismes d'aide aux itinérants craignent que les aménagements du 375e anniversaire de Montréal chassent des sans-abri du centre-ville, à l'image des pressions exercées à la place Émilie-Gamelin et au square Viger.

«On est inquiets, mais on a encore foi en l'idée qu'on peut faire un évènement inclusif, espère Bernard St-Jacques, organisateur communautaire au Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Mais le temps presse, pour le square Viger par exemple. La Ville dit qu'ils n'ont pas de retard, mais ils ne sont pas non plus en avance.»

Si le déroulement du 375e est dans toutes les têtes, c'est parce que l'organisme constate dans son dernier rapport sur le profilage social que la réappropriation de lieux fréquentés par les itinérants, comme la place Émilie-Gamelin ou le square Viger, «un des derniers lieux où les autorités les toléraient», exerce une forte pression sur ces populations.

En plus d'une présence policière renforcée, l'organisme note que les déplacements engendrés par ces aménagements créent des sentiments d'isolement et d'injustice.

Plus de dialogue

À l'organisme CACTUS Montréal, qui fait de la prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), on espère que l'organisation des festivités se fera dans le dialogue. «Comme tout citoyen, ils méritent d'être consultés, ils sont capables de nommer ce dont ils ont besoin, ce n'est pas à nous de leur imposer notre vision des choses», croit Geneviève Fortin qui se dit préoccupée.

Au refuge Mission Old Brewery, on mise sur la sensibilité de la Ville en matière d'itinérance. «Il faut juste être vigilant et s'assurer que les activités n'excluent personne, car c'est le 375e pour tous les Montréalais», a dit le président Matthew Pearce.

Peu d'améliorations

Dans ce rapport, qui émane de la consultation d'une trentaine organismes communautaires, trois quarts des répondants estiment que la situation du profilage social ne s'est «pas vraiment» ou «pas du tout» améliorée.

«Encore dimanche dernier, des policiers m'ont dit de partir, sinon après un avertissement et un ticket, j'aurais des charges au criminel pour trouble de la paix, a indiqué Yan, 38 ans, qui quête dans la rue depuis 1991. Cet automne, j'ai même eu trois tickets en même temps.»

Cet exemple ne surprend pas Geneviève Poisson, de la Clinique Droits Devant, selon qui la situation ne va pas en s'améliorant. «On voit jusqu'à 4 constats d'infraction pour un même évènement et pour des choses absurdes, comme faire un bruit audible, dormir sur un banc», a-t-elle mentionné.

Consultations à venir

Au SPVM, on accueille favorablement les recommandations du RAPSIM tout en rappelant le travail des escouades spécialisées déjà en place.

«Au-delà des brigades, l'objectif ultime est d'amener un comportement face à une problématique pour tous les policiers», a fait valoir Philippe Pichet, directeur du SPVM. Il a aussi indiqué que le nouveau Plan de lutte en matière de profilage social 2017-2019 sera bâti à partir de consultations publiques et du bilan de l'ancien plan, échu depuis 2014.

Pour Sterling Downey, porte-parole de Projet Montréal en matière d'itinérance, ce plan doit être révisé de manière annuelle au rythme de l'évolution de la métropole.

Rappelons que la Ville de Montréal est toujours à la recherche d'un protecteur des itinérants, lequel devra analyser et appuyer des mesures pour lutter contre le profilage racial et social, tel que prévu dans le Plan d'action en itinérance 2014-2017.

Au cabinet du maire, on assure que «les legs du 375e incluront systématiquement des mesures pour contrer l'impact de ces projets sur les clientèles vulnérables».

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