Gérald Tremblay démissionne

Dernière mise à jour: 05-11-2012 | 17h25

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a annoncé sa démission lundi soir, lors d'une allocution de cinq minutes, sans répondre aux questions des journalistes.

M. Tremblay a confirmé sa démission dès le début de son discours.

«Après vingt-cinq années au service de la collectivité, je quitte la vie publique. Jadis mon père m'avait dit de ne jamais aller en politique parce que c'était sale et qu'on allait me détruire», a déclaré M. Tremblay, visiblement amer.

Puis il a tenté de laver sa réputation.

«Devant l'ampleur des défis à relever, j'ai délégué des responsabilités, j'ai fait confiance aux élus et à la fonction publique municipale, s'est-il justifié. J'avais beau avoir des doutes, poser des questions, être vigilant, ce n'est malheureusement qu'après les faits que l'on m'a remis des documents, des dossiers et des notes de service internes, datant de 2004, 2006 et 2009. Lors de la réception de ces informations, j'ai demandé aux fonctionnaires et aux conseillers pourquoi il ne m'en avait pas informé, et pourquoi les personnes en position d'autorité n'avaient rien fait?»

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Gérald Tremblay a aussi dit s'être battu seul contre le «système de collusion et de corruption» qui, selon lui, «existait depuis au moins 1988», et il a déploré le manque d'appui des gouvernements.

Il a aussi dit assumer l'entière responsabilité pour les fiascos du Faubourg Contrecœur et des compteurs d'eau, et a d'ailleurs remis en question le principe du plus bas soumissionnaire.

«On a trahi ma confiance, j'en assume l'entière responsabilité, a-t-il dit.. À chaque occasion, lorsqu'on m'a informé d'irrégularités, de collusion et de corruption, j'ai agi. L'information a toujours été remise rapidement aux autorités compétentes. J'en produirai les preuves en temps et lieu».

Gérald Tremblay a affirmé avoir sollicité un troisième mandat parce qu'il estimait être la meilleure personne pour terminer le nettoyage.

Il a nié avoir été présent lors d'une rencontre où il aurait pris connaissance d'une double comptabilité de son parti, tel qu'allégué par Martin Dumont dans son témoignage devant la commission Charbonneau.

Le maire s'est dit victime d'une «injustice insupportable».

«Jamais je n'aurais pensé que je vivrais un tel acharnement dans une société de droit, mais un jour justice sera rendue», a-t-il prévenu.

Une décision précipitée

Gérald Tremblay était de retour lundi à l'hôtel de ville après avoir pris quatre jours de repos. Il était de prime abord déterminé à rester en poste, mais il aurait changé son fusil d'épaule lundi à la suite de rencontres avec ses conseillers et son caucus. Une grogne bien sentie régnerait au sein du caucus.

La mairesse suppléante, Jane Cowell-Poitras, qui est conseillère municipale de l'arrondissement de Lachine, assurera la fonction par intérim pendant quelques jours. Puis, le successeur de M. Tremblay sera choisi par un vote secret du conseil municipal, comme le prévoit la Loi des cités et villes lorsque survient une vacance dans les 12 mois précédant les élections municipales.

L'opposition est soulagée

«Il lui en aura fallu beaucoup» avant de quitter, a dit la chef de l'opposition, Louise Harel.

«Il a dit "on a trahi ma confiance", mais il s'est définitivement révélé trop confiant», a déploré la chef de Vision Montréal.

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron a salué la décision de Gérald Tremblay, qu'il a qualifiée de digne.

«Pour le mieux-être des Montréalais, il fallait qu'il quitte», a dit M. Bergeron, ajoutant que Montréal entrait dans une nouvelle ère.

Les réactions sont nombreuses

Le gouvernement Marois a annoncé lundi soir qu'il réagira mardi à la démission du maire de Montréal.

Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec ont tous deux fait savoir que M. Tremblay a pris la décision qui s'imposait.

Amir Khadir, de Québec Solidaire a indiqué dans un communiqué publié lundi soir que «si on veut faire le ménage dans l'administration publique, il faut mettre fin à l'impunité politique qui a trop longtemps duré».

«Ça commence dans les municipalités, a-t-il ajouté. Pour la première fois depuis très longtemps, M. Tremblay aura posé un geste sensé et pris ses responsabilités.»

Le maire de Québec, Régis Labeaume, n'a pas accueilli la nouvelle avec le sourire, mais s'est plutôt mis à la place de son homologue montréalais. Il a dit comprendre que cette décision a probablement été la plus difficile qu'il a dû à prendre dans sa carrière.

«On ne pourra pas dire que cet homme-là n'était pas un amant de sa ville. [...] Je voudrais le saluer et lui souhaiter bonne chance pour la suite des choses, et qu'il garde les meilleurs moments [...] parce que ce n'est pas un métier facile», a déclaré M. Labaume.

Le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Rimouski, Éric Forest, a aussi mentionné le choix déchirant qu'a dû prendre Gérald Tremblay. «C'était une décision très difficile à prendre pour lui, parce que malgré tout ce qui se passe, j'ai la conviction que cet homme a voulu du mieux de sa connaissance et de ses compétences servir la cause, a-t-il dit. Cependant, ça illustre bien ce qu'on prêche depuis longtemps il faut donner aux élus de meilleurs outils de gestion.»

Le président du Syndicat des cols bleus de la Ville de Montréal, Michel Parent, a lui aussi réagi à l'annonce. «Je peux comprendre que les derniers jours lui ont servi de réflexion, par contre, si je regarde le discours qu'il a fait, pour une des rares fois j'ai vu un discours qui venait du cœur et non pas un discours politique», a-t-il dit.

«Il a précisé dans son discours que nous sommes dans une société de droits et qu'il est condamné avant même d'avoir été directement accusé et c'est ce qui semblait ressortir de son discours, a ajouté M. Parent. Il a fait preuve de retenue, il n'a accusé personne. Par contre, il a dit que le temps va faire son œuvre et que dans un certain temps on va apprendre les aboutissants de cette histoire.»

Georges Bossé, ex-maire de Verdun et membre du comité exécutif de 2002 à 2005, a salué la décision du maire.

«Je pense que M. Tremblay a posé le geste qu'il se devait de poser, a-t-il dit. Je pense que la Ville de Montréal domine dans ses pensées et, pour le bien de la ville, il se devait de tirer sa révérence».

Le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, a admis que l'environnement d'affaires à Montréal demeurait un secteur compétitif, mais que «la situation était rendue destructrice» et que cette décision de Gérald Tremblay promet un avenir «constructif».

Tout comme le maire de Québec, son homologue de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a semblé déconcerté par cette nouvelle. «C'est triste pour l'homme de partir dans de telles circonstances, mais, en même temps, il était soumis à des pressions insoutenables», a-t-il dit.


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