MONTRÉAL - Après les fracassantes révélations faites à la commission Charbonneau, la Fraternité des policiers et policières de Montréal éprouve un «sérieux malaise» à l'idée que le Service de police de la Ville de Montréal (SVPM) soumette ses orientations et ses budgets à l'administration du maire Tremblay.
C'est du moins ce qu'a déclaré le président de la Fraternité, Yves Francoeur, dans un communiqué publié mardi matin. Selon lui, «il y a un problème de principe à ce que le SPVM vienne énoncer ses priorités devant une commission de la sécurité publique contrôlée par un parti (Union Montréal) qu'on allègue corrompu».
Accusant «le contexte de la crédibilité zéro» d'Union Montréal, le président a ajouté qu'il avait aussi «de la misère [...] avec le fait que les budgets du SPVM soient sous le contrôle de cette administration». Il craint que cette situation «soit dommageable pour l'image des policiers et policières».
M. Francoeur croit aussi que les partis d'opposition au conseil municipal et l'ensemble des membres de la commission de la sécurité publique devraient aussi se pencher sur ce qu'il qualifie d'incongruité.
Le président exhorte d'ailleurs les ministres de la
Sécurité publique et des Affaires municipales à «réfléchir à cette situation» et à prendre les mesures que ceux-ci jugeront appropriées.
Lors de sa comparution à la Commission Charbonneau, la semaine dernière, l'entrepreneur Lino Zambito a affirmé qu'Union Montréal touchait 3% du montant des contrats de construction octroyés par la Ville.
Selon M. Zambito, entrepreneurs, fonctionnaires et mafieux seraient partie prenante d'un stratagème qui aurait permis aux entrepreneurs d'établir le prix des offres à des niveaux artificiels et non concurrentiels.
Légitimité intacte
Union Montréal a déploré cette sortie de la Fraternité des policiers de Montréal en estimant qu'il s'agit «déclarations irresponsables».
Claude Trudel, maire de Verdun et président de la commission de la sécurité publique, a dit que la commission possède encore toute la légitimité pour continuer ses travaux.
Par ailleurs, «jamais la commission ne se mêle des opérations ou des enquêtes du SPVM, c'est quelque chose d'indépendant», a assuré M. Trudel.
Lors de son point de presse, Claude Trudel était accompagné de Marvin Rotrand, leader de la majorité au conseil municipal. Rejetant les critiques de la Fraternité, M. Rotrand a plutôt braqué les projecteurs sur le parti de Louise Harel, Vision Montréal, qu'il a décrit comme «le seul parti trouvé coupable de fraude électorale dans toute l'histoire de Montréal».
La direction du SPVM a aussi tenu a répondre à ces affirmations de la Fraternité.
Elle a affirmé par communiqué qu'elle «a l'indépendance nécessaire à l'exécution de sa mission».
Le SPVM a ajouté «que ses orientations stratégiques, ses priorités organisationnelles et son budget à la Commission de la sécurité publique font l'objet de séances de travail et de séances publiques, le tout conformément à la Charte de la Ville de Montréal».