Gérald Tremblay s'est toutefois permis cette précision. «En ce qui concerne le financement de notre parti politique, le Directeur général des élections a vérifié chaque année nos états financiers et n'a jamais porté de plainte de quelque nature que ce soit» a-t-il soutenu.
Démission réclamée
Louise Harel est outrée par les allégations de Lino Zambito. «Le temps de l'innocence est révolu, le temps de l'aveuglement volontaire est révolu, le temps de la démission de Gérald Tremblay est arrivé. M. Tremblay a perdu déjà toute crédibilité pour gouverner avec les enquêtes qui se sont multipliées et maintenant il a perdu sa légitimité», a lancé la chef de Vision Montréal.
«Ça s'impose qu'il y ait la démission du maire maintenant, a ajouté Mme Harel. Nous pensons que ça doit se faire sans délai. L'opinion publique n'en peut plus.»
Richard Bergeron, leader de la deuxième opposition à l'Hôtel de Ville, réclame aussi la démission immédiate du maire Tremblay.
«La taxe Union Montréal était supérieure à la taxe mafia. La boucle est bouclée entre le financement politique, entrepreneurs en construction et la mafia. La seule décision qu'il reste à prendre à Gérald Tremblay, c'est de démissionner immédiatement de son poste», a pourfendu le chef de la deuxième opposition.
Ce dernier s'est étonné du fait que le parti s'arrogeait une plus grande part du gâteau que les groupes criminels. «Trois pour cent, c'est plus que la mafia! Faut quand même le faire », s'est-il exclamé à l'effet que ces derniers se gardent quant à eux 2,5% de l'enveloppe des contrats.
«J'ai répondu que je ne démissionnerais pas, j'ai souhaité que toute la lumière soit faite sur les allégations de collusion et de corruption, a rétorqué à cela le maire Tremblay, lundi. Je travaille très fort depuis mon élection pour que ça arrive. Laissons la commission continuer à entendre ses témoins. La commission va nous faire des recommandations et à ce moment-là, on les mettra en application. C'est ce que je souhaite ardemment. Il n'est pas question que je démissionne au moment même où ce que je souhaite depuis des années se concrétise.»
Milioto l'intermédiaire
Zambito a reconnu à la reprise de son témoignage à la commission Charbonneau ce matin avoir versé plusieurs millions de dollars par le biais d'une taxe mafieuse récoltée par Nicolo Milioto, l'intermédiaire entre la mafia, les entrepreneurs et la classe politique.
À compter de 2005, Milioto aurait confié à Zambito que le parti du maire Tremblay recevait d'importants versements illicites de la mafia. «M. Milioto, à qui je remettais le 3%, m'a informé que cette somme était versée au parti du maire Tremblay», a laissé tomber Zambito, exhalant une indifférence stoïque durant son témoignage.
Selon lui, ce 3% s'ajoute à la ristourne de 2,5% qui devait aller à la mafia. Un tel stratagème était généralisé à tous les entrepreneurs, estime-t-il.
«Monsieur TPS»
Toujours selon Zambito, la fonction publique montréalaise était elle aussi gangrénée par les manœuvres de corruption. Il a raconté qu'un ingénieur influent de la Ville, Gilles Surprenant, exigeait des pots-de-vin aux entrepreneurs qui décrochaient des contrats publics.
Gilles Surprenant, qui s'était lui-même affublé du sobriquet «Monsieur TPS», percevait une somme équivalente à 1% de la valeur des contrats auprès des entrepreneurs.
Impliqué dans l'élaboration des plans de construction et des budgets, Surprenant avait donc avantage à voir les prix gonfler selon Zambito.
«Il y a des règles qui sont établies. Comme entrepreneur, vous avez toujours le choix de les suivre ou d'aller travailler ailleurs», a délaré Zambito.
La situation de Tremblay «insoutenable»
Les révélations-chocs de Lino Zambito devant la commission Charbonneau ont eu des échos jusqu'à Québec.
Le maire Régis Labeaume s'est carrément demandé comment son collègue de Montréal arrivait à tenir le coup dans cette situation «insoutenable».
«Je ne voudrais pas être à sa place. Je ne sais pas comment on peut diriger une ville avec de telles allégations. Parce que, bon, peut-être qu'elles sont toutes fausses les allégations, mais c'est un peu difficile de penser qu'elles sont toutes fausses, a affirmé M. Labeaume. Je ne dis que le maire de Montréal est coupable, mais je ne sais pas comment il peut tenir. Ça doit être insoutenable.»
Des commissions en série
Les révélations faites devant la commission lundi, selon le maire Labeaume, viennent entacher l'ensemble des politiciens municipaux du Québec. Il soutient toutefois que son parti est à l'abri de semblables manoeuvres, ainsi que les fonctionnaires municipaux de Québec.
Pour appuyer ses dires, le maire de Québec cite le cas de ce fonctionnaire qui a dénoncé un promoteur qui cherchait à le soudoyer pour accélérer le traitement de son projet.
Financement public
Mais comment éviter la corruption?
Selon le maire Lebeaume, il faudrait commencer par instituer un système de financement public des partis politiques.
La facture, croit-il, en serait sans doute moins élevée que celle des commissions liées à la corruption.