Émilie Dubreuil
Agence QMI

Une conseillère prise à partie par des juifs hassidiques


Émilie Dubreuil

Dernière mise à jour: 13-03-2012 | 15h15

MONTRÉAL – Une conseillère municipale de l'arrondissement Outremont à Montréal a été vertement prise à partie par des membres de la communauté juive hassidique.

L'incident s'est produit jeudi dernier, dans le cadre de la fête juive Pourim, sur la rue Durocher, près de Saint-Viateur.

Céline Forget avait décidé d'aller vérifier sur place si les règlements municipaux étaient respectés par la communauté juive puisque durant la fête de Pourim, ils se promènent de maison en maison dans des minibus.

«Par dizaines, ces autobus circulent de porte-à-porte, entraînant des adolescents et des hommes souvent ivres, bruyants et traînants de gros amplificateurs, a expliqué la conseillère. Déjà, le soir du 7 mars, j'ai constaté que des autobus circulaient à la douzaine dans les rues.»

«J'ai vu des rues bloquées par les autobus arrêtés en double file, des voitures et d'autres autobus stationnés sur les trottoirs, des chauffeurs excités, et peut-être même ivres, roulant à toute allure sans s'arrêter aux intersections, a-t-elle ajouté. Certains circulaient même à contresens des sens uniques. On a même vu la sortie de la caserne de pompiers bloquée sur l'avenue Outremont.»

Une fois sur place, jeudi, elle a contacté la sécurité publique et pris une photo lorsqu'elle a remarqué que plusieurs autobus étaient stationnés illégalement. C'est à partir de ce moment que la situation a dérapé. Un homme est sorti de sa voiture et a sommé la conseillère de partir. Une petite foule, évaluée à environ 40 personnes, l'a rejoint.

«Get out of my community» et «get lost» lui ont crié certaines personnes.

Affolée par la colère de la foule hargneuse, c'est une amie de la conseillère, présente sur les lieux, qui a appelé le 9-1-1. L'intervention a impliqué trois équipes du SPVM ainsi que la sécurité publique d'Outremont.

Au bout d'une vingtaine de minutes, la police a embarqué Mme Forget pour sa propre sécurité et l'a amené au poste 24. Les policiers auraient ensuite donné une leçon à la politicienne. «La sergente-détective Monic Cadieux m'a expliqué que j'outrepassais mon rôle de conseillère!» a raconté Mme Forget.

«C'est étonnant de voir que la liberté d'un conseiller municipal est à ce point enfreint», a-t-elle noté.

Les juifs hassidiques, eux-mêmes, ont publié, lundi soir, une quinzaine de vidéos de l'incident sur le site de partage YouTube. «C'est encore plus éprouvant de le voir sur internet, je suis traumatisée, a expliqué Céline Forget. Ce qui me frappe, c'est que dans leur esprit nous sommes chez eux, c'est leur ghetto.»

Une vieille rancune

Ce n'est pas la première fois que Céline Forget a maille à partir avec la communauté hassidique d'Outremont. En 1997, elle fait une requête pour faire fermer une synagogue illégale en bas de chez elle sur la rue Durocher et a eu gain de cause.

Ils lui en veulent aussi, entre autres, pour avoir milité de façon répétée pour qu'Outremont cesse d'annuler les contraventions de juifs hassidiques pour motif d'accommodement raisonnable. Au milieu des années 2000, Outremont autorisait les Juifs à se stationner illégalement lors des jours de fête. Un accommodement jugé déraisonnable par la citoyenne.

Céline Forget ne portera pas plainte. «Je trouve dommage que le comportement d'une poignée de hassidiques entache la réputation de la communauté, a-t-elle souligné. Le véritable problème, c'est que l'administration en place ne fait pas respecter les lois quand il s'agit des hassidiques.»

Aucune accusation n'a été portée contre les instigateurs de l'incident.



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