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Itinérance

Les refuges débordent

Journal de Montréal
Christine Bouthillier
06/07/2011 23h48 

 
 
Itinérance - Les refuges débordent
Les sans-abri sont nombreux +à se presser aux portes de la Maison du Père avant son ouverture pour s’assurer d’avoir une place pour y passer la nuit. 
© Christine Bouthillier/Agence QMI

Les refuges pour sans-abri affichent complet depuis quelques mois à Montréal. Cela se produit pourtant rarement en été. Les contrecoups de la récession, l’arrivée d’itinérants de l’extérieur et le conflit de travail à Postes Canada seraient les causes de cette surpopulation.

VOTRE OPINION :

Croyez-vous qu’il y a plus de sans-abri qu’auparavant à Montréal?

Les sans-abri qui espèrent pouvoir bénéficier d’un repas et d’une nuit au frais ne sont donc pas au bout de leurs peines ces jours-ci. Les trois grands refuges montréalais, la Maison du Père, la Mission Bon Accueil et la Mission Old Brewery, connaissent un achalandage accru cet été, devant parfois refuser des gens.

Le mois dernier, la Mission Bon Accueil a connu une hausse des bénéficiaires de près de 25 % par rapport à l’an passé. Les autres refuges vivent un phénomène similaire.

« Nous ne connaissons pas encore la raison de la hausse de cette année. Nous avons plusieurs hypothèses que nous sommes en train d’évaluer », mentionne Debbi Marsellos, coordonnatrice des relations médias de la Mission Bon Accueil.

Une des explications avancées pour justifier l’arrivée de nouveaux visages parmi les itinérants est celle de la récession.

« On pense qu’elle est finie, mais les contrecoups viennent plus tard. Les gens qui perdent leur emploi tombent au chômage, puis vont dormir chez des proches, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans la rue. Ceux qui ont perdu leur emploi avaient souvent un travail marginal et ont plus de difficultés à en trouver un nouveau » explique Matthew Pearce, directeur général de la Mission Old Brewery.

La faute du conflit de travail ?

« En ce moment, c’est plus difficile d’avoir une place. Il faut arriver tôt, sinon on attend ou on est refusé », raconte Mohamed, un réfugié guinéen qui fréquente la Mission Old Brewery depuis un an. Il attribue cet achalandage accru au conflit de travail chez Postes Canada. Les chèques d’aide sociale ont en effet été remis plus tôt et donc, dépensés plus rapidement.

Cette hypothèse est appuyée par André Leroux, coordonnateur du refuge de la Maison du Père.

« Même si les chèques sont datés du 30, les gens peuvent facilement les faire encaisser avant. Rendu au 2 ou au 3, il n’y a plus d’argent », souligne-t-il.

André Leroux mentionne que les festivals montréalais ont aussi la cote chez les sans-abri d’ailleurs, qui se rendent dans la métropole pour pouvoir y assister. Selon lui, il n’y en a toutefois pas davantage que lors des étés précédents, pas plus qu’il y a de nouveaux visages à la Maison du Père.

Ce n’est pas ce qu’en pense M. Duguay, sans-abri qui fréquente l’établissement depuis cinq ans.

Moins cher à Montréal

« Il y a plus d’itinérants à Montréal depuis trois ans. À la Maison du Père, ça coûte 1 $ pour un souper et le coucher. Ailleurs, comme en Ontario, ça coûte 8 à 10 $. Les gens l’ont su et viennent ici », croit-il.

Le refuge pour hommes de la Mission Old Brewery présente un taux d’occupation de 93 % de ses 237 places, contre une moyenne de 85 % en temps normal en période estivale.

La Maison du Père, qui affiche habituellement complet vers 21 h 30 en été, atteint maintenant sa pleine capacité vers 16 h.

Plus difficile pour les femmes

Les femmes itinérantes auraient plus de difficulté à se loger que les hommes. Le refuge pour femmes de la Mission Old Brewery affiche complet depuis un an.

VOTRE OPINION :

Croyez-vous qu’il y a plus de sans-abri qu’auparavant à Montréal?

Le Pavillon Patricia Mackenzie de la Mission Old Brewery, plus grand refuge pour femmes au Canada, connaît effectivement une hausse importante de son achalandage. Les 30 lits disponibles affichent un taux d’occupation au-delà de 100 % depuis l’été dernier.

L’établissement doit refuser entre six et dix personnes chaque soir, sauf l’hiver, où elles sont toutes acceptées.

Une situation précaire

« Il est difficile de dire pourquoi les refuges pour femmes débordent plus que ceux des hommes. Dans un contexte de crise économique, les femmes sont peut-être plus vulnérables que les hommes, car plusieurs d’entre elles amorcent la crise alors qu’elles ne travaillent pas. Les femmes qui travaillaient déjà vont plutôt vivre les mêmes problèmes que les hommes », avance Matthew Pearce, directeur général de la Mission Old Brewery.

L’organisme cherche à ajouter entre 15 et 20 lits à son aile féminine. Cela réglerait le problème de pénurie de lits, estime son directeur général.

L’établissement désire construire un nouvel étage sur l’édifice existant pour augmenter le nombre de lits pour le refuge, mais aussi les programmes de réinsertion sociale. Les plans sont actuellement sur la planche à dessin, mais pour qu’ils deviennent réalité, la Mission Old Brewery aura besoin d’un financement d’environ un million de dollars.

 
 


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