Les sans-abri qui espèrent pouvoir bénéficier
d’un repas et d’une nuit au frais
ne sont donc pas au bout de leurs peines
ces jours-ci. Les trois grands refuges
montréalais, la Maison du Père, la Mission
Bon Accueil et la Mission Old Brewery,
connaissent un achalandage accru
cet été, devant parfois refuser des gens.
Le mois dernier, la Mission Bon Accueil
a connu une hausse des bénéficiaires
de près de 25 % par rapport à l’an
passé. Les autres refuges vivent un phénomène
similaire.
« Nous ne connaissons pas encore la
raison de la hausse de cette année. Nous
avons plusieurs hypothèses que nous
sommes en train d’évaluer », mentionne
Debbi Marsellos, coordonnatrice des relations
médias de la Mission Bon Accueil.
Une des explications avancées pour justifier
l’arrivée de nouveaux visages parmi
les itinérants est celle de la récession.
« On pense qu’elle est finie, mais les
contrecoups viennent plus tard. Les gens
qui perdent leur emploi tombent au chômage,
puis vont dormir chez des proches,
jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans la rue.
Ceux qui ont perdu leur emploi avaient
souvent un travail marginal et ont plus de
difficultés à en trouver un nouveau » explique
Matthew Pearce, directeur général
de la Mission Old Brewery.
La faute du conflit de travail ?
« En ce moment, c’est plus difficile
d’avoir une place. Il faut arriver tôt, sinon
on attend ou on est refusé », raconte Mohamed,
un réfugié guinéen qui fréquente
la Mission Old Brewery depuis un an. Il
attribue cet achalandage accru au conflit
de travail chez Postes Canada. Les
chèques d’aide sociale ont en effet été remis
plus tôt et donc, dépensés plus rapidement.
Cette hypothèse est appuyée par André
Leroux, coordonnateur du refuge de la
Maison du Père.
« Même si les chèques sont datés du 30,
les gens peuvent facilement les faire encaisser
avant. Rendu au 2 ou au 3, il n’y a
plus d’argent », souligne-t-il.
André Leroux mentionne que les festivals
montréalais ont aussi la cote chez les
sans-abri d’ailleurs, qui se rendent dans la
métropole pour pouvoir y assister. Selon
lui, il n’y en a toutefois pas davantage que
lors des étés précédents, pas plus qu’il y a
de nouveaux visages à la Maison du Père.
Ce n’est pas ce qu’en pense M. Duguay,
sans-abri qui fréquente l’établissement
depuis cinq ans.
Moins cher à Montréal
« Il y a plus d’itinérants à Montréal depuis
trois ans. À la Maison du Père, ça
coûte 1 $ pour un souper et le coucher. Ailleurs,
comme en Ontario, ça coûte 8 à 10 $.
Les gens l’ont su et viennent ici », croit-il.
Le refuge pour hommes de la Mission
Old Brewery présente un taux d’occupation
de 93 % de ses 237 places, contre une
moyenne de 85 % en temps normal en période
estivale.
La Maison du Père, qui affiche habituellement
complet vers 21 h 30 en été, atteint
maintenant sa pleine capacité vers 16 h.
Plus difficile pour les femmes
Les femmes itinérantes auraient plus
de difficulté à se loger que les hommes.
Le refuge pour femmes de la Mission
Old Brewery affiche complet depuis un
an.
Le Pavillon Patricia Mackenzie de la
Mission Old Brewery, plus grand refuge
pour femmes au Canada, connaît effectivement
une hausse importante de son
achalandage. Les 30 lits disponibles affichent
un taux d’occupation au-delà de
100 % depuis l’été dernier.
L’établissement doit refuser entre six
et dix personnes chaque soir, sauf l’hiver,
où elles sont toutes acceptées.
Une situation précaire
« Il est difficile de dire pourquoi les
refuges pour femmes débordent plus
que ceux des hommes. Dans un
contexte de crise économique, les
femmes sont peut-être plus vulnérables
que les hommes, car plusieurs d’entre
elles amorcent la crise alors qu’elles ne
travaillent pas. Les femmes qui travaillaient
déjà vont plutôt vivre les mêmes
problèmes que les hommes », avance
Matthew Pearce, directeur général de
la Mission Old Brewery.
L’organisme cherche à ajouter entre
15 et 20 lits à son aile féminine. Cela réglerait
le problème de pénurie de lits,
estime son directeur général.
L’établissement désire construire
un nouvel étage sur l’édifice existant
pour augmenter le nombre de lits pour
le refuge, mais aussi les programmes
de réinsertion sociale. Les plans sont
actuellement sur la planche à dessin,
mais pour qu’ils deviennent réalité, la
Mission Old Brewery aura besoin d’un
financement d’environ un million de
dollars.