Éric Thibault
Agence QMI

La relève des Hells Angels foisonne

La relève des Hells Angels foisonne

Photo Reuters

Éric Thibault

La relève des Hells Angels est plus nombreuse que jamais au Québec. Les motards y parrainent maintenant sept clubs partisans qui regroupent plus de 160 disciples suivant leurs traces sur la route du crime.

«Le Journal de Montréal» a pu obtenir ces données auprès de la Sûreté du Québec après un autre week-end de rassemblement où les Hells et leurs émules ont affiché leurs couleurs, à la piste de course Sanair de Saint-Pie, en Montérégie.

Les Hells n'ont «jamais eu autant» de membres dans ce bassin de recrutement formé de ce que l'on qualifiait auparavant de clubs-écoles et que la SQ appelle aujourd'hui des «clubs supporteurs», selon le lieutenant Jason Allard.

«Avec plus de 160 membres connus actuellement, c'est supérieur aux années 90», a précisé le porte-parole du corps policier, en évoquant l'époque où les Hells de «Mom» Boucher livraient une guerre meurtrière aux Rock Machine et aux trafiquants indépendants pour leur disputer le contrôle de la vente des stupéfiants.

Main-d'oeuvre des hells

Les forces de l'ordre décrivent les adhérents aux clubs supporteurs comme «la main-d'oeuvre» des Hells pour des activités criminelles, comme le trafic de stupéfiants ou les « jobs de bras ».

Ils évitent ainsi à leurs mentors de se salir les doigts et offrent à ces derniers un rempart additionnel devant la police. Les apprentis qui espèrent accéder au «grand club» doivent y faire leurs classes.

En 2017, les policiers ont remarqué l'arrivée de deux «petits clubs» parmi les sept qu'ils considèrent comme «dominants» au sein de la garde rapprochée des Hells.

Ce sont les Minotaures et les Demons Choice. Les premiers sont implantés dans l'ouest de Montréal, et les seconds sur la Rive-Sud.

Autant de sympathisants

Les cinq autres principaux clubs supporteurs des Hells sont les Devils Ghosts, le Deimos Crew, le Beast Crew, les Headhunters et les Dark Souls. Plusieurs membres de ces gangs ont été arrêtés et accusés de trafic de drogue au cours de la dernière année.

Les Dark Souls, établis dans les régions de la métropole et de la capitale, ont le plus d'ancienneté parmi le lot. Ils sont apparus quand la quasi-totalité des membres «full patch» des Hells était emprisonnée à la suite de l'opération SharQc de 2009.

Fondés par Salvatore Cazzetta, celui qui a dirigé les Hells entre 2011 et 2015, les Devils Ghosts seraient les plus nombreux, étant présents sur la couronne nord de Montréal, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et en Estrie.

En plus des représentants de ce «groupe des sept», les policiers ont aussi observé autant d'autres clubs de motards, considérés comme des sympathisants des Hells, au Thunder Bike Show de Sanair.

Selon nos sources, on retrouvait des membres du Brotherhood, qui assuraient la sécurité des lieux, des Death Messengers, des Gladiators, du Iron Beast, des Reapers, des Lucky Riders, du Celtic Pride, et des Red Devils ontariens.

On compte 80 membres en règle des Hells au Québec. Les autorités estiment que la bande criminalisée, qui fête cette année ses 40 ans d'existence dans la province et au pays, forme maintenant le groupe numéro un du crime organisé par sa mainmise sur le marché de la drogue.

Des membres en règle des Hells Angels de quatre provinces ont aussi été vus par les policiers à Sanair, soit des sections de Montréal, Trois-Rivières et Québec, ainsi que des chapitres Nomads de la Colombie-Britannique, du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario.

Le Québec, terreau fertile pour les motards

Le Québec montre encore qu'il constitue un «terreau fertile» pour les bandes de motards, malgré les opérations policières à leurs dépens.

C'est ce que constatent des experts du crime organisé, dont l'auteur Pierre de Champlain qui en voit une indication claire avec cette prolifération de clubs proches des Hells.

«On assiste présentement à une recrudescence de bandes de motards comme on n'en a peut-être pas vu depuis le début des années 80 alors que les Hells, qui ne tolèrent pas la concurrence, absorbaient ces clubs les uns après les autres», a expliqué cet ancien analyste du renseignement à la GRC.

Il estime que, maintenant, «les Hells ont le champ libre et sont en train de placer leurs pions partout dans la province» pour que leurs affaires criminelles «marchent rondement».

Selon lui, en plus de bénéficier de cet environnement propice au recrutement, les Hells ont pu accélérer leur régénérescence avec «la déconfiture» des procédures judiciaires de l'opération SharQc qui a conduit à la libération hâtive de plusieurs dizaines de motards arrêtés en 2009.

Les motards profitent aussi de la «débandade» de la mafia italienne, dont la présence est confinée à Montréal et qui est déchirée par une «guerre interne sanglante» qui perdure depuis une décennie, dit-il.

Des selfies

Pour Paul Laplante, qui fut un pilier de l'escouade Carcajou, les Hells Angels ont présentement du succès avec une « stratégie » de visibilité comportant un double objectif: «démontrer la puissance de leur organisation et se rapprocher des citoyens.»

«Cet été, ils ont fait voir leurs 'patchs' à Ottawa, à l'expo agricole de Saint-Hyacinthe, au Festival du cochon de Sainte-Perpétue et à la piste de Sanair, où les gens leur ont acheté des chandails pour démontrer leur support. À Sainte-Perpétue, j'ai moi-même vu des grand-mamans et leurs petits-enfants prendre des selfies avec des membres en règle des Hells !», a relaté le retraité de la SQ.

Les Hells sont actuellement «en mode affaires et non en mode violence», d'après lui. «Pour bien des gens, c'est toujours la même histoire avec les motards : pas de violence, pas de problèmes. Les Hells essaient plus que jamais de cultiver l'image de bons gars», a relaté l'ex-policier qui était sur le terrain durant la guerre des motards qui a fait plus de 160 morts au Québec entre 1994 et 2002.



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