Des maires dans la tourmente

Bilans

Gérald Tremblay, ancien maire de Montréal. Photo Jocelyn Malette / Archives / Agence QMI


Marilyse Hamelin

MONTRÉAL - L'année qui s'achève a été marquée par de nombreux scandales en politique municipale au Québec, dont plusieurs ont connu leur dénouement en novembre. Les accusations de fraude et les multiples apparences de conflits d'intérêts ont sévèrement entaché l'image des maires auprès de la population.

Dans son bilan, le commissaire Robert Lafrenière de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a précisé que 22 enquêtes étaient en cours dans la province, plusieurs visant des administrations municipales.

En 2012, il a beaucoup été question du maire de Mascouche, Richard Marcotte, visé par six chefs d'accusation au criminel pour fraude. Malgré son arrestation, suivie d'absences répétées au conseil de ville, il s'est maintenu au pouvoir pendant plusieurs mois avant de démissionner le 30 novembre.

Mais le climax en politique municipale québécoise a été atteint la première semaine de novembre lorsque le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, ont tous deux remis leurs démissions.

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Acculés à la démission respectivement par des déclarations à la commission Charbonneau et de multiples perquisitions de l'UPAC, les maires de la première et de la troisième ville du Québec ont quitté leurs fonctions à seulement quatre jours d'intervalle.

Éclaboussé

Le maire Tremblay a été poussé à la démission après avoir été éclaboussé indirectement par les nombreuses révélations des témoins vedettes de la commission Charbonneau (Lino Zambito, Luc Leclerc, Gilles Surprenant, alias M. «TPS»), puis directement par celles de Martin Dumont, ancien organisateur politique - qui a affirmé qu'il savait que son parti tenait une double comptabilité.

Pourtant, depuis son passage devant la commission, la crédibilité du témoignage de M. Dumont a été remise en cause en raison de certaines contradictions. Au point où il devra comparaître à nouveau devant elle à la fin janvier.

La décision de Gérald Tremblay entraîné le départ de 27 des 66 élus de son parti, Union Montréal, incluant M. Applebaum. Parmi eux, le maire de l'arrondissement Verdun, Claude Trudel, a carrément démissionné et a annoncé son retrait de la politique.

Si les faits les plus récents tendent jusqu'à un certain point à disculper l'ex-maire de Montréal, il en va autrement de M. Vaillancourt, sur qui pèse toujours des allégations de copinage, fraude, truquage de soumissions et violation des dispositions sur le financement des campagnes électorales.

La série de perquisitions de l'UPAC visant l'administration lavalloise a commencé début octobre à l'hôtel de ville de Laval, puis s'est notamment poursuivie dans une résidence de M. Vaillancourt, où la cousine de dernier aurait tenté de faire disparaître dans les toilettes des milliers de dollars qui lui avaient été remis peu avant par la femme de l'ex-maire.

Et la saga lavalloise s'est poursuivie malgré le départ de Gilles Vaillancourt lorsque le bureau du nouveau maire, Alexandre Duplessis, a été la cible d'une nouvelle perquisition de l'UPAC et de son bras armé, l'escouade Marteau, le 13 décembre.

Rive-Sud de Montréal

De nombreuses villes québécoises ont elles aussi reçu la visite de l'UPAC en 2012. La dernière en lice, Saint-Rémi, a vu son maire, Michel Lavoie, et son fils Sébastien Lavoie, entrepreneur en construction, être arrêtés et accusés d'abus de confiance, de fraude et de complot.

À Saint-Bruno-de-Montarville, l'intervention de l'UPAC a été réclamée par l'opposition, en lien avec de possibles malversations dans la gestion d'un nouveau développement résidentiel, entachant au passage la réputation du maire Claude Benjamin.

À Saint-Jean-sur-Richelieu, l'escouade Marteau a procédé à l'arrestation de 11 personnes, dont deux fonctionnaires, aux termes d'une opération visant à démanteler un vaste stratagème de collusion qui aurait été échafaudé par neuf entreprises de construction de la région.

Visant le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec, le conseiller Alain Laplante avait alors affirmé que «s'il n'a jamais soupçonné de collusion dans les appels d'offres de la Ville, soit il n'est pas compétent, soit il est de connivence».

Couronne Nord

À Saint-Jérôme, l'administration du maire Marc Gascon a elle aussi fait l'objet d'une enquête de l'UPAC, dont on ne connaît pas encore les conclusions. Le maire Gascon a cependant d'ores et déjà annoncé son retrait e la vie politique en 2013, laissant le soin à d'autres de briguer la mairie.

À Boisbriand, l'ex-maire Robert Poirier, arrêté par l'escouade Marteau et accusé de fraude et d'abus de confiance, poursuit la municipalité afin qu'elle assume ses frais d'avocats.

À un peu moins d'un an des prochaines élections municipales du 3 novembre prochain, Éric Forest, le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui est aussi maire de Rimouski, a dit souhaiter «que les mœurs politiques se soient assainies considérablement d'ici là».


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