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30 ans de sida

Entrevue avec le Dr Réjean Thomas

Agence QMI 
Jean-François Villeneuve
29/11/2011 19h03 

30 ans de sida - Entrevue avec le Dr Réjean Thomas
Le Dr Réjean Thomas 
© Jean-François Villeneuve / Agence QMI

MONTRÉAL - À l’occasion des 30 ans du sida, le Dr Réjean Thomas, fondateur de la clinique L’Actuel de Montréal, qui offre un suivi et des traitements aux gens atteints du VIH, trace un bilan de son expérience à l’égard de cette infection transmissible sexuellement.

En quelle année avez-vous été confronté pour la première fois au sida?

C’était un jeune Montréalais, en 1982, qui m’a dit qu’il pensait avoir la «maladie des Américains». À l’époque, on parlait du sida un peu, mais pas beaucoup. On ne réalisait pas ce qui se passait. On était épeuré, mais on n’a jamais réalisé l’impact que ça allait avoir. On l’a complètement sous-estimé.

Qui était touché?

Le premier article écrit sur le sida parlait de cinq cas chez des hommes gais. Par la suite, l’infection est devenue la première cause de mortalité chez les hommes de 20 à 45 ans, jusqu’en 1996. Partout dans le monde, c’est une maladie surtout hétérosexuelle. En Amérique du Nord, elle a touché plus les gais et les toxicomanes.

La priorité est-elle encore chez les gais?

Pendant des années, le sida était le principal problème de la communauté gaie. On a trouvé des traitements et l’accent a été transféré sur l’homophobie et le mariage. C’est bien, mais aujourd’hui, près de 65% des nouvelles infections au Québec sont chez les hommes gais. C’est 15 fois plus de VIH que chez les toxicomanes. Ça devrait redevenir une priorité de la communauté.

Les personnes infectées vivent-elles plus longtemps qu’avant?

On sait que les gens qui sont bien traités ont un risque de transmission beaucoup plus faible et vivent plus longtemps. Des études ont démontré que ça pouvait diminuer de près de 96% le niveau de contagion. L’importance, c’est de traiter. Il y a encore beaucoup trop de gens qui le font trop tard. Tu joues avec ta santé et avec celle des autres.

Y a-t-il un risque de banalisation du VIH/sida?

Les jeunes d’aujourd’hui, malgré internet, ont beaucoup moins de connaissance sur le VIH et les ITS. Il y a 10 ans, quelqu’un rentrait à la clinique et me disait: «j’ai eu des relations non protégées docteur», en baissant la tête, gêné. Aujourd’hui, c’est la norme. Les comportements sexuels sécuritaires, depuis une dizaine d’années, ils sont partis «sur la go». Le sida fait moins peur, les médias en parlent moins et il n’y a pas d’éducation sexuelle.


- Nombre de nouveaux cas par année au pays: entre 2500 et 3000, dont 25% au Québec.

- 25% des nouveaux cas sont chez les femmes.

- 20% à 30% des gens infectés ignorent leur statut et sont responsables de 25% des cas de transmission.

- 2500 malades de VIH sont traités à la clinique L’Actuel, dont 2100 qui suivent une trithérapie. En 2010, 300 nouvelles personnes ont amorcé un traitement.

- 30% des patients de L’Actuel ont plus de 50 ans.





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