Geneviève Lajoie
Agence QMI

Embauches partisanes au Parti québécois avec des fonds publics

Geneviève Lajoie

Dernière mise à jour: 13-01-2017 | 18h39

QUÉBEC -  Des employés du Parti québécois (PQ) qui font du travail partisan sont payés à même les fonds publics de l'Assemblée nationale, a appris Le Journal de Québec

Cette pratique semble contrevenir aux règles en vigueur, qui stipulent que les employés des cabinets politiques «ne peuvent travailler pour le parti tout en étant rémunérés» par l'Assemblée nationale.

Pas moins de 12 personnes sont employées par la whip de l'opposition officielle, Carole Poirier. L'équipe est curieusement plus imposante que celle du gouvernement libéral.

Cinq «agents de liaison» sont rémunérés à même le budget de l'aile parlementaire péquiste et n'y mettent pratiquement jamais les pieds. Ils participent notamment à l'organisation des évènements politiques.

C'est le cas d'Ariane Collin-Gascon, pourtant basée à la permanence du PQ à Montréal. Impossible de joindre cette agente de liaison pour Laval, Laurentides et l'Outaouais par l'entremise du bureau de la whip de l'opposition officielle.

«Je ne connais pas d'Ariane Collin», a d'abord candidement répondu la secrétaire lorsqu'on a tenté de la joindre. «Attendez, il y a quelqu'un qui me fait signe, a-t-elle enchaîné. C'est parce que je suis nouvelle, je vais vous transférer quelqu'un. On me fait signe que c'est quelqu'un qui n'est pas dans le bureau, c'est pour cette raison que je ne la connais pas.» Mme Collin ne nous a jamais rappelés.

Notre Bureau parlementaire a eu un peu plus de chance à la permanence du PQ à Montréal. C'est à cet endroit que nous sommes tombés sur sa boîte vocale.

Règles claires

Les règles de l'Assemblée nationale sont pourtant claires: «Un employé qui travaillerait pour le parti ne pourrait prétendre que son travail découle des fonctions parlementaires de son titulaire.

De même, un employé qui serait basé à la permanence du parti ne rencontrerait pas la règle du port d'attache» au Parlement.

Luc Savard était lui aussi sur la liste des employés du bureau de la whip de l'opposition jusqu'au 31 décembre dernier.

Joint à la permanence du PQ à Montréal, il assure qu'il avait un bureau également au Parlement. Son rôle? «Je donnais un coup de main à la course à la chefferie, tout simplement. J'étais dans le comité organisateur.»

Un flou

Selon plusieurs sources, cette pratique n'est pas récente et a toujours été «tolérée». En coulisses, certains soutiennent que les partis profitent tout simplement du flou entourant les règles fixées par l'Assemblée nationale.


Masse salariale annuelle de la whip de l'opposition officielle: 859 717 $

Règles de l'Assemblée nationale:

- «La nomination d'un membre du personnel d'un cabinet doit être faite par écrit et mentionner son port d'attache, soit l'un des édifices occupés ou loués par l'Assemblée nationale, soit le bureau de la circonscription électorale d'un député.»

- «Un employé qui travaillerait pour le parti ne pourrait prétendre que son travail découle des fonctions parlementaires de son titulaire.»

- «De même, un employé qui serait basé à la permanence du parti ne rencontrerait pas la règle du port d'attache» dans l'édifice du Parlement.


DANS LES RÈGLES DE L'ART, ASSURE LE PARTI

La gestion du personnel au cabinet de la whip respecte les règles de l'Assemblée nationale, soutient Carole Poirier.

La députée d'Hochelaga-Maisonneuve reconnaît que les cinq «agents de liaison» sous sa gouverne n'ont pas de bureau à proprement parler au Parlement ni dans un bureau de circonscription.

Elle ajoute que ces employés ont tout de même «un endroit» accessible dans ses locaux, «une salle un peu multiservice» dont ils peuvent se servir quand ils viennent à l'Assemblée nationale.

«Mais leur travail, pour ceux qui sont en régions plus particulièrement, je vais vous avouer que je ne veux pas les voir ni à Québec ni à Montréal, je les veux sur le terrain. Alors ils vont plus travailler à la maison.»

Ces «agents de liaison» gagnent moins de 50 000 $ par an, souligne la péquiste.

Travail partisan

Carole Poirier précise que ce ne sont pas tous les employés qui sont appelés à faire du travail parlementaire.

Est-ce le rôle d'employés de la whip d'organiser des activités militantes, la campagne à la chefferie ou le lancement d'une campagne d'un candidat aux élections partielles?

«Le travail politique, ce n'est pas que du travail parlementaire, ce n'est pas que des gens qui font des commissions parlementaires! plaide la députée péquiste. Du travail politique partisan, on en fait tous, les députés en font, les attachés politiques en font, les recherchistes en font.»

Si elle enregistre ses employés comme ayant un port d'attache à l'Assemblée nationale, «ça n'empêche pas quelqu'un d'aller travailler où je veux».



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