Charles Lecavalier
Agence QMI

Justice en crise: les coupes de 24 M $ dénoncées

Justice en crise: les coupes de 24 M $ dénoncées

L'arrêt Jordan, une décision de la Cour suprême qui fixe la durée raisonnable pour qu'un accusé subisse son procès à 30 mois, a précipité la catastrophe.Photo Archives / Agence QMI

Charles Lecavalier

QUÉBEC - La crise qui secoue le système de justice québécois a été aggravée par des coupes de 24 millions $ depuis l'élection du gouvernement Couillard, déplore Jean-François Lisée.

«Le chiffre du jour c'est 222 [procès qui pourraient avorter]. Aujourd'hui c'est 223, et ça va être plus demain, et après-demain. Ça va être comme ça pendant toute la semaine. Nous avons devant nous une crise grave d'administration de la justice», a lancé M. Lisée mercredi lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale.

M. Lisée souligne que le budget de la justice est passé de 307 millions $ en 2014 à 283 millions $ en 2016, une diminution de 24 millions $. Simplement l'an dernier, 38 postes à temps plein ont été supprimés à la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Ces compressions ont été faites alors que les délais en justice augmentaient et que des super procès se dessinaient.

L'arrêt Jordan, une décision de la Cour suprême qui fixe la durée raisonnable pour qu'un accusé subisse son procès à 30 mois, a précipité la catastrophe.

«Point de rupture»

Dans les dernières semaines, plusieurs accusés se sont retrouvés libres comme l'air grâce à une demande d'arrêt de procédures.

Les libérations de Salvatore Cazzetta et la libération la semaine dernière de Luigi Coretti ont fait les manchettes. M. Lisée craint maintenant que l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, accusé de gangstérisme, «puisse se prévaloir de ce gâchis pour essayer de se soustraire à la justice». Il y voit là un «point de rupture» où les citoyens perdraient confiance dans l'État de droit.

«On est proche du point de rupture de la confiance. S'il fallait que quelqu'un qui est accusé de gangstérisme, Gilles Vaillancourt, qui était protégé par Jean Charest selon Tom Mulcair, qui échappe à la justice. Je ne veux même pas l'envisager. Ce n'est pas envisageable pour la confiance en nos institutions», a-t-il dit.

Legault dénonce

Le chef de la CAQ François Legault s'en prend lui aussi à Stéphanie Vallée, qui se défend en disant qu'elle a embauché 15 procureurs depuis juillet. «Bien, écoutez. On a en a enlevé 27, et là, on en met 15. Au net, là, il y en a moins. Il en manque. Donc, on a besoin d'un plan plus costaud», a-t-il dénoncé.

Selon lui, ça «envoie un mauvais message» aux fraudeurs: «On a juste à étirer nos affaires, poser beaucoup de questions, avoir beaucoup de documents et on va être hors délais», a-t-il dénoncé.

Il a aussi dénoncé le «tri» du DPCP, qui, dans le contexte, priorise les crimes contre la personne aux dépens des crimes économiques.

«C'est discutable. C'est peut-être au gouvernement de fixer une liste de priorités. Devrait-il y avoir un fast track pour certains dossiers? Je pense entre autres à la fraude, avec tout ce qu'on a vécu avec le scandale de la corruption, il y a urgence d'agir», a dit M. Legault.

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