Jean Houle
Agence QMI

Consanguinité répandue: des propos jugés inacceptables

Jean Houle

À l'entrée du caucus libéral à Québec, mardi matin, le ministre de la Solidarité sociale et de la Famille François Blais a condamné les propos tenus par deux fonctionnaires, qui ont suggéré que la consanguinité serait «normale» au Saguenay Lac Saint-Jean.

Le ministre n'a toutefois pas voulu aller plus loin.

L'État réclame 56 000 $ à Jacques Castonguay et Isabelle Sauvé, du Saguenay, parce qu'il considère que les deux cousins ont vécu maritalement de 2011 à 2015. Le travailleur de la Baie-James avait fait livrer son courrier à l'adresse de sa cousine, également munie d'une procuration pour gérer les comptes de l'homme.

Deux fonctionnaires ont alors argué que la consanguinité était normale au Saguenay Lac Saint-Jean.

Le sociologue Gérard Bouchard, qui a coprésidé la Commission Bouchard-Taylor, juge que les deux fonctionnaires ont insulté le Saguenay-Lac Saint-Jean en entier. «Ça prend vraiment deux imbéciles pour dire des choses comme ça!», lance-t-il.

M. Bouchard a sursauté en prenant connaissance des propos des fonctionnaires, qu'il qualifie d'irresponsables, parce qu'ils sont carrément discriminatoires à l'endroit de toute une région.

Mariages consanguins

Les recherches de longue date du sociologue et historien Gérard Bouchard sur les mariages consanguins démontrent que la moyenne du Saguenay-Lac-Saint-Jean est inférieure à la moyenne du Québec.

«Il faut bien comprendre qu'au Québec, quand on parle de mariage consanguin, la vision folklorique d'une famille tarée n'est jamais loin derrière. Que deux fonctionnaires, dans l'exercice de leurs fonctions, utilisent cet argument, c'est grave, très grave! On vient stigmatiser, discriminer, non seulement les résidents de cette région, mais tous ceux qui en sont originaires», dénonce le sociologue.

Quelle suite donnera le ministre Blais à cette affaire? Aucune réponse pour l'instant, mais pour la députée péquiste de Chicoutimi Mireille Jean, les deux fonctionnaires doivent être au moins rencontrés.

«C'est révoltant et dégradant», commente-t-elle. «Je ne sais pas ce que le ministre va faire, mais moi je donnerais des directives à l'effet que les décisions soient prises à partir de faits concrets et non pas sur des préjugés, et de s'adresser respectueusement aux citoyens, quels qu'ils soient.»

Des excuses

«Ils doivent présenter des excuses», suggère Gérard Bouchard. «Des excuses, et à mon avis, ils sont passibles de poursuites pour discrimination.»

L'organisme communautaire L'ASTUCE, dont le coordonnateur avait justement entendu les propos désobligeants, prépare un dossier sur les décisions arbitraires du même ministère.

«Des situations aberrantes comme celle-là, j'en vois régulièrement», dit Sylvain Bergeron.

L'un des réviseurs en question avait justement une audience avec L'ASTUCE ce mardi, mais il a été remplacé pour une raison inconnue.

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