Régys Caron
Agence QMI

Québec mise sur la neutralité religieuse plutôt que sur la laïcité

Québec mise sur la neutralité religieuse plutôt que sur la laïcité

Stéphanie Vallée. Photo Simon Clark / Agence QMI

Régys Caron

Dernière mise à jour: 18-10-2016 | 21h42

QUÉBEC - La ministre de la Justice s'est fait dire de retirer son projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État parce qu'il ouvre la porte à des dérives religieuses, a soutenu, mardi, le groupe féministe Pour le droit des femmes du Québec (PDFQ).

«La démocratie exige qu'il y ait une séparation nette entre la religion et l'État», a prévenu Diane Guilbault de PDFQ, alors qu'elle participait à la consultation publique entamée mardi sur le projet de loi 62 «favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État visant en encadrer les accommodements religieux.»

À la ministre Stéphanie Vallée, qui souhaite permettre les accommodements religieux au nom de la liberté individuelle de conscience, PDFQ reproche au gouvernement de faire prévaloir la neutralité religieuse sur la laïcité.

«La neutralité religieuse ouvre la porte à la multiconfessionnalité, a martelé Michèle Sirois. C'est l'État qui dit oui à l'ouverture de toutes les salles de prières, pourquoi pas pour les raëliens, alors que la laïcité dit non à toutes les salles de prières.»

Accommodements religieux

PDFQ en a particulièrement contre l'inscription dans une loi du concept d'accommodement religieux. «Ça veut dire que les accommodements religieux, c'est normal. C'est la porte ouverte aux forces intégristes qui ont l'outil pour faire toutes sortes de demandes (...) On a l'impression de revenir en arrière. On demande de retirer ce projet de loi», ont martelé tour à tour Diane Guilbault et Michèle Sirois.

Les accommodements religieux sont un droit qui découle de la charte canadienne des droits et libertés, a plaidé la ministre de la Justice. «On a vu des éducatrices à Verdun se promener à visage couvert (...) Une élève à qui on bouche les oreilles pour qu'elle n'entende pas la musique, des motifs religieux, c'est le début de l'obscurantisme», a rétorqué Michèle Sirois.

Permettre les accommodements religieux peut aussi nuire à l'intégration des immigrants, prévoit PDFQ. Des employeurs pourraient hésiter avant d'embaucher des musulmans, croit Diane Guilbault.

«C'est compliqué pour un employeur d'avoir des employés qui demandent un espace de prière et de faire la prière le vendredi (...) Certains employeurs frileux pourraient faire du profilage ethnoreligieux.»

Superflu

Pour sa part, l'Association des commissions scolaires anglophones juge le projet de loi 62 superflu. «C'est comme traiter un patient qui n'est pas malade, a plaidé un porte-parole de l'ACSAQ, Stephen Burque. Plusieurs confessionnalités cohabitent dans nos 340 écoles et nous n'avons pas de problème.»

Les députés de l'opposition se méfient de l'intention du gouvernement. «Nous accueillons le projet de loi avec ouverture, mais la notion de laïcité n'existe pas dans le projet de loi et avec la neutralité religieuse, toutes les religions peuvent s'afficher», a déploré la députée péquiste Agnès Maltais.

De son côté, la CAQ rejette catégoriquement le projet 62. «Le projet de loi légitimise le port de signes religieux comme le tchador, le turban et le hijab», a déploré la députée Nathalie Roy.

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