QUÉBEC - Les prix des best-sellers vendus dans les grandes surfaces risquent de gonfler au Québec dans un proche avenir. Le gouvernement Marois entend réglementer le marché du livre et envisage de fixer un prix plancher pour les nouveautés.
Une commission parlementaire chargée d'étudier la question verra le jour, a appris le Journal de Québec.
Les péquistes, qui avaient encensé les avantages d'une politique de prix unique pendant la campagne électorale, en feront l'annonce dès la rentrée parlementaire.
La première ministre Pauline Marois pourrait même le faire à l'occasion de son discours inaugural mercredi prochain, nous a-t-on soufflé.
Au bureau du ministre de la Culture, Maka Kotto, on promet de rendre publique sa position «d'ici deux semaines».
Une commission parlementaire
Officiellement, la décision n'est pas encore prise, mais, selon nos sources, une commission parlementaire s'imposera afin de ne pas brusquer l'opposition avec un projet de loi hâtif.
L'industrie du livre, déjà chambardée par l'avènement du numérique, s'est mobilisée en 2010 pour demander une nouvelle loi à l'État afin de protéger la culture québécoise, les écrivains et les libraires.
Ces derniers sont confrontés à la concurrence des géants commerciaux comme Walmart et Costco, qui ont des politiques d'escomptes de 25% à 30% sur les prix suggérés des best-sellers.
Les magasins à grande surface devront inévitablement ajuster leurs prix à la hausse si le Québec se dote d'une réglementation comme l'ont fait plusieurs pays, notamment la France (depuis 1981), l'Italie (2001), l'Allemagne (2002) ou encore le Mexique et Israël dans un passé très récent.
De nombreux artistes, comme Michel Tremblay, Dany Laferrière, Marie Laberge, Denys Arcand et Guy A. Lepage, appuient la démarche.
Québec Solidaire espère un dépôt «d'ici Noël»
Québec solidaire en a fait l'une de ses cinq priorités de la rentrée, espérant même le dépôt d'un projet de loi «d'ici Noël», a indiqué lundi Françoise David.
«Nous, on est optimistes et on aimerait que ça soit un projet consensuel, un peu comme au Mexique, où presque tous les parlementaires ont dit oui», a confié en entrevue Benoît Prieur, directeur général de l'Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française (ADELF).
La nouvelle réglementation souhaitée par le milieu ne viserait que les nouveautés. Un rabais maximal de 10 % pourrait être consenti par un détaillant dans les neuf premiers mois de la mise en marché. Par la suite, les commerçants auraient carte blanche.
«Ce n'est pas une mesure très radicale qu'on veut. En France, c'est deux ans, mais, nous, on veut avoir quelque chose de plus court», a fait valoir M. Prieur, qui souhaite rééquilibrer le marché à la faveur des libraires.
Au final, le consommateur sera gagnant, a plaidé l'Association des libraires du Québec (ALQ). «On pense à tort qu'on va payer plus cher nos livres s'il y a une loi, mais s'il n'y en a pas, c'est ce vers quoi on se dirige et ça va être encore pire parce qu'on n'aura plus aucun contrôle sur le prix des livres dicté par les grandes multinationales», a avancé la directrice générale de l'ALQ, Katherine Fafard.