QUÉBEC - Quelque 142,000 Québécois vont payer 610 millions $ de plus en impôt pour financer, en partie, la décision du Parti québécois d'abolir la taxe santé.
Dans son cadre financier déposé vendredi après-midi, le PQ détaille la façon dont il compte compenser pour sa promesse de retourner près de 1 milliard $ dans les poches de plus de quatre millions de contribuables en annulant la contribution santé de 200 $.
Cette mesure sera financée en augmentant de quatre points de pourcentage l'impôt des particuliers qui gagnent plus de 130 000 $ par année et de sept points de pourcentage pour ceux qui gagnent plus de 250 000 $.
Ainsi, à terme, dans cinq ans, les contribuables qui gagnent plus de 130 000 $ vont envoyer 610 millions $ de plus dans les coffres de l'État.
Le PQ veut ainsi annuler «l'injustice» créée par la taxe santé en refilant la facture aux plus nantis.
«On a décidé de soulager la classe moyenne, c'est un choix qu'on a fait», a dit Pauline Marois. «Les plus fortunés sont capables d'en faire un petit peu plus», a-t-elle ajouté.
L'autre tranche de 395 millions $ sera assumée par des changements aux déductions fiscales pour les gains capital et une réduction de moitié des crédits d'impôt pour dividendes.
Déficit
La chef du PQ a présenté son cadre financier vendredi après-midi dont elle a dévoilé les grandes lignes en entrevue à l'Agence QMI.
Le cadre du PQ est basé sur les prévisions budgétaires de 2012-2013 du gouvernement libéral et prévoit des dépenses additionnelles de 200 millions $ en moyenne par année.
Le PQ entend revenir à l'équilibre budgétaire l'an prochain, mais la chef du PQ n'a pas voulu s'engager formellement à ne pas faire de déficit.
«Je ne veux pas que l'on fasse de déficit, et on va faire tous les efforts», a-t-elle dit.
Les promesses électorales du parti ont un impact de 2,385 milliards $ sur les finances du gouvernement, mais compte tenu des revenus de 1,393 milliard $, le coût net de celles-ci est de 992 millions $ à terme, sur cinq ans.
Ces promesses vont être financées par la baisse des dépenses de programmes à 2,4 % en moyenne, comparativement à l'objectif fixé par le gouvernement libéral pour l'année qui vient qui est de 3 %.
En compressant ainsi les dépenses de programme, le PQ estime qu'il va dégager 1,867 milliard $ qui va financer ses dépenses de 992 millions $ et le trou budgétaire de 875 millions$ qui est déjà identifié par le ministère des Finances.
«On va gérer de façon rigoureuse. Nous pensons que c'est exigeant, mais c'est réaliste. Notre objectif n'est pas de faire de compressions, mais les dépenses de certains ministères pourraient croître à un niveau moins élevé», a dit la chef du PQ.
Le cadre financier du PQ a été validé par deux experts indépendants, professeurs en économie à l'Université de Sherbrooke, Marcelin Joanis et Luc Savard.
Mme Marois a confirmé par ailleurs qu'elle comptait abolir le Fonds des générations, qui sert à rembourser la dette. Elle va ainsi utiliser le fonds de 5,5 milliards $ en 2013 pour l'appliquer directement sur la dette.
Ce faisant, elle se dégage 260 millions $ épargnés en paiement au service de la dette.
«C'est un coussin qui pourrait nous aider si on a des moments difficiles», a noté Mme Marois.
Le PQ compte aussi dans ses revenus sur une hausse des redevances de 388 millions $, ce qui représente 64 % de plus que ce qui est entré dans les coffres de l'État l'an dernier.
Ses adversaires réagissent
Les adversaires politiques de Pauline Marois ont mis peu de temps à attaquer son cadre financier.
Jean Charest la soupçonne de préparer des hausses d'impôts et de taxes aux Québécois.
«Tous les Québécois vont payer, même sur les gains en capital la classe moyenne va être affectée», prédit le chef libéral.
La décision de son adversaire péquiste de basculer 5,5 milliards $ du Fonds des générations à la dette du gouvernement inquiète Jean Charest.
«Elle oublie de dire que le Fonds des générations est déjà comptabilisé sur la réduction de la dette», a-t-il précisé.
De plus, le cadre financier du PQ ne comptabilise pas toutes les dépenses annoncées par Mme Marois, soutient Jean Charest. «Elle veut rapatrier l'assurance-emploi et ça va coûter 800 millions de dépenses additionnelles», a-t-il signalé.
François Legault a estimé pour sa part que le cadre financier du PQ soulevait de nombreuses questions.
«Dans notre cadre financier, chaque réduction des dépenses est justifiée poste par poste, ministère par ministère et vous avez le détail complet. Mme Marois nous lance un 2 milliards $ de réduction de dépenses sans nous donner le début d'un commencement de comment elle va y arriver. Il va falloir poser des questions à Mme Marois», a-t-il lancé en point de presse à Champlain, en Mauricie.
«Comment va-t-elle faire pour couper 2 milliards?» s'est-il demandé à voix haute.
Legault ajoute que c'est «mathématiquement impossible» si elle ne coupe pas de postes parce que les deux tiers des dépenses, ce sont des salaires.