Tel un match de hockey des années 70, les gants sont tombés rapidement lors du débat présenté à TVA entre François Legault et Jean Charest, mardi soir.
Dès le début, François Legault a remis en doute l'intégrité du gouvernement libéral en questionnant Jean Charest sur le comportement de certains de ses ministres.
Il a souligné les cas de l'ex-ministre de la Famille, Tony Tomassi, accusé de fraude, de Michelle Courchesne, qui a été blâmée par le vérificateur général, ou de l'ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau qui avait accepté des billets de spectacles d'un entrepreneur.
«Je ne le savais pas», s'est défendu M. Charest en parlant de Mme Normandeau. Il a refusé de la condamner, malgré l'insistance de François Legault. Le chef libéral a ajouté qu'il a pris les mesures nécessaires concernant M. Tomassi en l'expulsant de son caucus.
M. Charest est aussi passé à l'attaque en remettant en question l'intégrité de Jacques Duchesneau, le bras droit de François Legault, alors qu'il était candidat à la mairie de Montréal en 1998.
«Si M. Duchesneau avait quelque chose à se reprocher, on l'aurait sorti il y a longtemps», a répliqué François Legault.
«Tous les candidats que j'ai recrutés, je leur ai dit que ce sera tolérance zéro», a ajouté le chef de la CAQ en faisant référence à l'intégrité.
«À cause de M. Charest, on a perdu toute la confiance des citoyens», a déploré le leader caquiste.
Décrochage scolaire
Dans le volet sur les politiques sociales, François Legault a reproché à Jean Charest de ne pas «livrer la marchandise» concernant la lutte au décrochage.
Jean Charest s'est offusqué en reprochant à son adversaire de s'en prendre à lui et d'ainsi se contredire puisque M. Legault avait d'entrée de jeu souhaité un débat constructif.
Selon le chef libéral, cela prouvait que M. Legault «n'est pas fiable».
Cette remarque a piqué au vif le chef de la CAQ.
«Le champion de la non-fiabilité, c'est vous!», a répliqué François Legault en rappelant que Jean Charest n'avait pas rempli des promesses importantes depuis son accession au pouvoir en 2003.
La question de la santé a par la suite été abordée.
Le chef libéral a mis en doute les promesses de la CAQ qui veut doter tous les Québécois d'un médecin de famille d'ici un an.
«M. Legault votre affaire ne marche pas. C'est simpliste», a dit Jean Charest.
«On n'invente pas les médecins», a-t-il ajouté.
M. Legault a toutefois affirmé que ses solutions sont applicables. Il a précisé que le réseau de la santé est mal organisé et qu'il est trop bureaucratisé.
Jean Charest a aussi affirmé que tous les changements préconisés par la CAQ mèneraient au chaos et «à la chicane». «La liste des gens et des institutions à laquelle vous voulez vous attaquer commence à être pas mal longue», a dit M. Charest en faisant notamment référence aux pharmaciens, à Hydro-Québec ou aux médecins.
Il a notamment soutenu qu'une hausse proposée des salaires des enseignants, comme l'a promis François Legault, va créer des attentes similaires chez les autres employés de l'État.
«Vous voulez monter le salaire des professeurs de 20 %. Y'a 500 000 personnes qui négocient en même temps sur les mêmes bases, vous ne pensez pas que vous allez allumer un feu?» a-t-il dit.
Le chef de la CAQ s'est défendu en disant qu'il ne voulait plus du statu quo. Il a cité en exemple Hydro-Québec, qui devait selon lui éliminer des milliers d'emplois.
Jean Charest a défendu la société d'État. «Si cela a grossi, c'est parce que les opérations ont grossi», a dit le premier ministre sortant en parlant d'Hydro-Québec.
Nationalisme économique
Les deux chefs ont par la suite fait monter les enchères concernant le contrôle de l'économie de la province par des Québécois.
François Legault a reproché aux libéraux de ne pas investir dans des projets miniers en partenariat avec des compagnies étrangères. «Vous êtes en train de donner nos ressources naturelles aux compagnies étrangères», a dit M. Legault.
Il a suggéré qu'une partie des fonds de la Caisse de dépôt et placement soit mise à contribution.
Jean Charest s'est vivement opposé à cette idée.
«On ne va pas jouer avec les retraites de Québécois», a dit le leader libéral.
Par la suite, Jean Charest a reproché à son adversaire son ambiguïté concernant le fédéralisme.
«Un souverainiste qui va voter non, c'est un comme un gars de la droite qui va dépenser quatre milliards de dollars en campagne électorale», a dit M. Charest.
François Legault a toutefois réitéré qu'il ne fera aucun référendum.
«Tous les candidats de la Coalition savent qu'on ne fera pas la promotion de la souveraineté. Jamais!»
Il a par la suite dit qu'il voudrait former un gouvernement nationaliste à l'image de celui de Jean Lesage dans les années 1960.