MONTRÉAL - Devant la menace de voir ses électeurs opter pour la Coalition avenir Québec le 4 septembre, Jean Charest entend marteler que François Legault est souverainiste et «pas fiable», en vue du duel avec le chef de la CAQ mardi soir sur le plateau de TVA.
François Legault est tellement souverainiste, aux yeux du chef libéral, qu'il pourrait tenir un référendum sur la souveraineté si la Coalition avenir Québec devait prendre le pouvoir, a-t-il insinué. «Il pourrait très bien changer d'idée, comme il est si peu fiable. Pendant 40 ans de sa vie, il a été le plus pressé des souverainistes», a insisté M. Charest.
«Voter pour la CAQ c'est voter pour le PQ, a réitéré le chef libéral. M. Legault est souverainiste, il dit qu'il va voter non (à un référendum sur la souveraineté), mais avez-vous entendu M. Legault dire je suis fédéraliste (...) On peut pas être un chef politique et rester assis sur la clôture», a affirmé Jean Charest.
Deltell défend son chef
Gérard Deltell a aussitôt pris la défense de son chef, ce matin, lors d'une tournée des candidats de la CAQ dans l'Ouest de l'île de Montréal visant à séduire l'électorat anglophone. «Je trouve ça dommage que M. Charest prenne encore le même vieux disque. M. Legault a été très clair; s'il y avait un référendum, ça serait non. Honnêtement, je ne vois pas ce que vous voulez de plus…», a déclaré l'ancien chef de l'ADQ, lui-même fédéraliste convaincu.
La CAQ, faut-il le rappeler, s'est engagée à mettre la souveraineté sur la glace pendant dix ans. François Legault pourrait-il envisager de voter oui dans dix, quinze ou vingt ans? « On verra» avait-il répondu la semaine dernière, n'écartant aucune option.
«M. Legault a toujours dit qu'il est nationaliste. Notre parti est autonomiste, ce qui signifie l'affirmation de la nation québécoise avec fierté (et) s'il y a un référendum, c'est non. Voilà. La Coalition est née du désir de mettre de côté ces vieilles chicanes qui font qu'au Québec, on tourne en rond. Les libéraux sont en panique et ressortent des vieux épouvantails pour repartir une foire entre souverainistes et fédéralistes», a renchéri M. Deltell, accusant le PLQ d'en faire son «fonds de commerce».
Débat
Au sujet du débat de mardi soir, M. Charest a semblé vouloir tempérer ses ardeurs. «Nous aurons l'occasion d'échanger sur les principaux enjeux. Je souhaite que ça se fasse de manière paisible», a dit le premier ministre sortant.
M. Charest a refusé de commenter une déclaration d'un organisateur libéral de Québec, Jean-Paul Boily, rapportée par le journal Le Soleil, qui invite les militants libéraux à voter en faveur de la CAQ qu'il décrit comme l'unique rempart contre le Parti québécois.
Par ailleurs, le chef libéral s'est dit confiant de conserver le vote anglophone qui, selon les sondages d'opinion, serait en train de migrer vers la CAQ. «Ils ne voteront pas pour quelqu'un qui veut démanteler leurs commissions scolaires», a souhaité M. Charest qui s'est défendu, du même souffle, de prendre les votes anglophone et allophone pour acquis.
Deux mandats
À une question d'un journaliste au sujet de la promesse péquiste de limiter à deux les mandats d'un premier ministre du Québec, Jean Charest a opiné qu'il s'agissait-là d'une mauvaise imitation du système politique américain. À son avis, un premier ministre réélu aurait les mains liées dès le premier jour de son 2e mandat et son parti se mettrait en marche pour une course au leadership.
«Le gouvernement deviendrait dysfonctionnel (...) Les Québécois devraient pouvoir élire qui ils veulent et faire confiance à leur jugement», a suggéré M. Charest.
Par ailleurs, Jean Charest s'est dit attristé par les actes de vandalisme posés sur la tombe de son grand-père qui repose dans un cimetière de Sherbrooke. Une enquête policière est en cours. «Ces choses-là sont difficiles à expliquer. Pourquoi faire ça, a-t-il demandé. Je suis très sensible à ces choses-là.»