LAVAL - François Legault a annoncé, samedi, son intention de rapatrier d'Ottawa «l'ensemble des compétences en matière d'environnement», avant de faire marche arrière sur son propre engagement.
Au terme d'une valse-hésitation, le chef de la Coalition Avenir Québec a nuancé sa position et a finalement confirmé qu'il n'irait pas de l'avant avec un tel projet «dans un premier mandat» s'il est élu. Il aimerait toutefois pouvoir le faire dans un second mandat, «dans un monde idéal», quitte à rouvrir la Constitution.
«Idéalement, on voudrait récupérer toutes les compétences du gouvernement fédéral en environnement (mais) la priorité va être mise sur les évaluations environnementales», a-t-il souligné en après-midi lors d'un deuxième point de presse à la Gare de la Concorde à Laval. À court terme, donc, les discussions avec Ottawa ne porteraient que sur un seul volet.
«Actuellement, quand il y a un projet de développement, il y a deux séries d'évaluations qui font à peu près la même chose. Donc, si on était capable d'avoir un guichet unique, tout en respectant l'environnement on pourrait aller plus rapidement», a expliqué M. Legault.
Plus tôt samedi matin, lors d'un premier point de presse, il avait pourtant clairement indiqué qu'il souhaitait rapatrier tous les pouvoirs d'Ottawa en matière d'environnement. Quoi qu'il en soit, le chef caquiste a répété à plusieurs reprises, tant en matinée qu'en après-midi, qu'il était convaincu de l'ouverture du fédéral.
«Je pense que ce n'est pas exagéré de dire que M. Harper ne montre pas un très grand enthousiasme pour l'environnement, donc, on va lui proposer formellement de faire de l'évaluation environnementale un guichet unique (et) de transférer complètement les compétences en matière d'environnement au gouvernement du Québec.»
Le chef libéral Jean Charest s'est moqué de la volte-face du chef de la CAQ. «François Legault change d'avis comme il change de chemise. Il est sorti pour dire des choses qui n'ont aucun sens, de toute évidence, il n'y comprend rien à comment on gère l'environnement», a-t-il déclaré à Victoriaville.
Non à l'amiante
François Legault s'est également prononcé contre l'amiante. Un gouvernement caquiste interdirait définitivement l'exportation de ce minerai controversé, dont les dangers sont bien documentés. Le Québec doit faire son «deuil» de cette industrie d'une «autre époque», a-t-il lâché
«On ne peut pas d'un côté, dire qu'on interdit l'amiante au Québec parce que c'est dangereux pour la santé et même qu'il y a des dangers mortels mais qu'on va continuer de l'exporter à d'autres peuples, dans d'autres pays. Ce n'est pas conforme aux valeurs des Québécois. C'est moralement et scientifiquement indéfendable. Il faut tourner la page…»
Il a toutefois annoncé, plus tôt cette semaine, qu'il n'interviendrait pas pour annuler le prêt de 58 millions $ accordé par le gouvernement Charest à la mine Jeffrey, disant vouloir «respecter les ententes qui sont déjà signées». Il a convenu, samedi matin, d'un éventuel conflit avec sa politique d'interdiction de l'exportation. «On va trouver une manière de le gérer…», a répondu le chef de la Coalition, qui a fait campagne à Terrebonne et Laval samedi.
À ce sujet, la chef péquiste Pauline Marois a indiqué, samedi, qu'il fallait une commission parlementaire sur l'amiante avant de se positionner définitivement.
Son candidat, le Dr Réjean Hébert, a affirmé que le débat scientifique sur l'amiante était clos, mais que la société québécoise devait avoir un débat sur le sujet et se pencher sur la diversification économique de la région de Thetford Mines qui serait touchée par la fermeture définitive des mines d'amiante.
Gaz de schiste
La Coalition Avenir Québec s'est également prononcée en faveur d'un «vrai moratoire» sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste, affirmant toutefois du même souffle qu'il serait possible d'aller de l'avant avec « un ou deux projets pilotes» s'ils sont bien encadrés par le gouvernement.
La Coalition désire également fusionner tous les services publics dédiés à l'efficacité énergétique, financer des mesures comme la géothermie et obliger Hydro-Québec à racheter l'énergie produite par des entreprises innovantes, citant en exemple les sites d'enfouissement qui produisent des biogaz et qui ne parviennent pas à trouver d'acheteurs.
François Legault dévoilera dimanche sa plate-forme électorale à Québec, mais n'a pas l'intention de profiter de l'occasion pour dévoiler son cadre financier, qu'elle promet depuis plusieurs jours, malgré les critiques incessantes de ses adversaires.
Khadir se réjoit de la position de Legault sur l'amiante
Québec solidaire dit se réjouir que la CAQ se rallie à sa position sur l'amiante, mais déplore «la valse-hésitation du PQ ainsi que le refus catégorique du PLQ à changer sa position dans ce dossier».
Dans un communiqué de presse émis en soirée, samedi, Amir Khadir, qui est médecin, a affirmé que les positions défendues par Pauline Marois et Jean Charest sont irresponsables.
«Pendant que nous exportons vers des pays pauvres l'épidémie d'amiantose que le Québec a connue dans les années 1950, Mme Marois tergiverse et Jean Charest s'entête à financer l'industrie, a-t-il dit. J'implore mes collègues, les docteurs Réjean Hébert et Yves Bolduc, à faire entendre raison à leur chef respectif. Les intérêts politiques ne doivent pas supplanter les faits scientifiques.»
En décembre 2010, Québec solidaire avait tenté, en déposant un projet de loi à l'Assemblée nationale, de faire cesser l'exportation de l'amiante et interdire les activités d'exploration et d'extraction de l'uranium au Québec.