Référendum ou pas, l'aventure serait périlleuse pour les conservateurs qui auraient de la difficulté à s'imposer au Québec, avancent les observateurs.
Les conservateurs fédéraux se tiendront loin de la campagne électorale québécoise «tellement leur crédibilité auprès de la majorité francophone est faible», avance le politologue Jean-Herman Guay de l'Université de Sherbrooke.
Les conservateurs ont beau avoir essayé de faire de l'œil aux Québécois, ils ne passent pas. Et ce, malgré un certain nombre de concessions au Québec au niveau de l'harmonisation de la TPS et de la TVQ, de la décentralisation des pouvoirs et de la reconnaissance des Québécois comme une nation. Des concessions qui n'ont absolument «rien donné» à M. Harper, reconnaît M. Guay.
Or, une victoire péquiste forcerait M. Harper à changer de stratégie «par rapport à la gouvernance souverainiste» et à doter son entourage de gens qui comprennent non seulement la culture québécoise, mais aussi «l'âme des Québécois», quoique difficile à décoder.
M. Harper a d'ailleurs rencontré l'ex-premier ministre Brian Mulroney en secret à Montréal pour discuter de la perspective de l'élection d'un gouvernement péquiste, a-t-on rapporté à la fin de juin.
L'élection du PQ pourrait également donner du fil à retordre au chef néo-démocrate Thomas Mulcair. Il devrait alors se mouiller sur la question nationale et les doléances du Québec. Placé devant les faits, accepterait-il une victoire du Oui si elle récoltait 50 % + 1 des voix, tel qu'énoncé dans les politiques néo-démocrates?
Curieusement, l'élection du PQ fournirait peut-être les conditions gagnantes à M. Mulcair aux prochaines élections fédérales. Québécois, fédéraliste sans attache aux souverainistes, il serait peut-être perçu au Canada anglais comme celui qui pourrait ramener le Québec dans le giron fédéraliste, constate M. Guay.
Ce ne serait pas nécessairement le cas, croit l'ex-chef de cabinet de M. Harper et professeur à l'Université de Calgary, Tom Flanagan. Selon lui, le chef néo-démocrate aurait de la difficulté à gérer son caucus néo-démocrate «qui a appuyé des partis séparatistes sur la scène provinciale et fédérale» et à se montrer crédible auprès des Canadiens hors-Québec, croit-il.
Ne disposant que de cinq sièges au Québec, M. Harper, lui, n'aurait pas grand-chose à perdre.
«À ce stade, si le PQ devait être élu et commençait à faire des revendications, je pense que M. Harper dirait tout simplement non, souligne M. Flanagan. Il a déjà connu ce cycle et je crois qu'il a compris qu'il ne retire rien en faisant des concessions au Québec.»
Quoiqu'il arrive, l'élection d'un gouvernement péquiste serait «une force déstabilisatrice» au sein de la fédération au moment où l'économie va mal, croit Nik Nanos de la maison de sondage Nanos Research.
M. Harper qui a adopté «une attitude de laissez-faire face à la fédération» et qui a peu d'appuis au Québec marcherait alors sur la corde raide. N'étant peut-être pas la personne toute désignée pour négocier avec les péquistes, il devrait peut-être alors imiter l'ex-premier ministre Jean Chrétien.
Devant la chute libre du Non lors de la dernière ligne droite de la campagne référendaire de 1995, il avait fait appel à une personnalité plus dynamique et nationaliste, Jean Charest.