La course se resserre


Rémi Nadeau et Jean-Luc Lavallée

Dernière mise à jour: 04-05-2012 | 04h10

QUÉBEC - La Coalition Avenir Québec ayant freiné sa chute, la prochaine campagne électorale promet à nouveau une chaude lutte à trois.

Un nouveau sondage Léger Marketing-Agence QMI révèle que si des élections avaient eu lieu cette semaine, le Parti québécois aurait récolté 31 % des votes, contre 28 % pour le Parti libéral du Québec et 24 % pour la CAQ.

Ainsi, la formation de François Legault reprend du poil de la bête pour la première fois après un effondrement graduel de ses appuis, qui avaient fondu de 37 % en décembre à 22 % en avril.

« La CAQ se replace dans les intentions de vote et en devenant un meilleur troisième, la course se resserre », a commenté le vice-président à la recherche chez Léger Marketing, Christian Bourque.

Puis, étonnamment, même si le conflit étudiant monopolise les discussions dans les chaumières depuis plusieurs semaines au Québec, il semble avoir eu un faible impact sur l'échiquier politique, à l'exception de la région de Québec.

« On entend que le Québec est en crise, mais le mouvement dans les intentions de vote est assez subtil. Le sondage reconfirme qu'on se dirige vers une lutte à trois », a ajouté M. Bourque.

Chez les francophones, le PQ bénéficie toutefois d'une avance « significative », selon lui.

Le PQ obtient un appui de 37 %, devant la CAQ qui en récolte 26 % et les libéraux qui ferment la marche avec 22 %.

Insatisfaction stable

Par ailleurs, si le premier ministre Jean Charest espérait regagner un peu la faveur populaire avant de déclencher une élection, il trouvera peu de réconfort dans ce nouveau coup de sonde.

Le taux d'insatisfaction, très élevé, demeure stable à 76 %, alors que seulement 21 % des Québécois se disent satisfaits.

« On a vu dans d'autres sondages qu'une majorité de Québécois appuient la position du gouvernement dans le conflit étudiant, mais ça n'a pas d'impact réel sur la satisfaction », analyse Christian Bourque.

Non seulement la CAQ reprend de la vigueur dans les intentions de vote, mais François Legault améliore aussi sa cote personnelle.

Legault, « le meilleur »

Vingt-trois pour cent des Québécois estiment que François Legault ferait le meilleur premier ministre, en hausse de 3 %, ce qui lui permet de rejoindre Pauline Marois – à 23 % également -, alors que Jean Charest est perçu comme le plus apte à occuper ses fonctions par 18 %.

Autres bonnes nouvelles pour M. Legault : 30 % des répondants jugent que son parti représente le plus le changement, et il est le plus souvent cité comme deuxième choix advenant des mouvements dans les appuis d'ici au scrutin.

« Il se remet dans la course et peut avoir l'espoir de jouer du coude avec les deux autres grands partis, particulièrement si un autre chef commet une gaffe », a résumé M. Bourque.

Le sondage a été réalisé par internet auprès de 1615 personnes de 18 ans et plus, réparties dans toutes les régions du Québec, du 30 avril au 2 mai. La marge d'erreur du coup de sonde est de plus ou moins 2,4 %, 19 fois sur 20.


Les libéraux séduisent Québec

Alors que le PQ maintient sa suprématie en région, les libéraux ont réussi à déclasser la CAQ à Québec — une première — et conservent aussi la pole position à Montréal par une majorité infime.

Le Parti libéral se nourrit de nombreux nouveaux appuis dans la capitale, vraisemblablement en raison du conflit étudiant. Il détient même une avance confortable avec 36 % des intentions de vote, devant la CAQ de François Legault, à 28 %, et le PQ qui obtient 25 %.

Il s'agit d'un véritable tour de force pour le PLQ dans la région métropolitaine de Québec, dominée depuis belle lurette par l'Action démocratique ou la Coalition Avenir Québec. Le Parti libéral a gagné neuf points à Québec depuis janvier, alors que la CAQ en a perdu cinq. Les appuis au PQ n'ont pratiquement pas bougé.

« La ville de Québec est celle qui appuie le plus le gouvernement dans le conflit étudiant. Ce sera un défi pour François Legault d'aller reconquérir la ville de Québec aux libéraux », analyse le sondeur Christian Bourque, vice-président à la recherche chez Léger Marketing.

Serré à Montréal

Dans la région métropolitaine de Montréal, les intentions de vote sont beaucoup plus serrées. Le PLQ (28 %) est au coude à coude avec le PQ (27 %) et la CAQ n'est pas si loin derrière à 22 %.

Ailleurs au Québec, la domination du Parti québécois ne fait aucun doute, puisqu'il récolte 36 % des appuis contre 27 % pour les libéraux et 25 % pour les caquistes. « Le Parti québécois est en tête de l'électorat francophone. Donc, il est en tête à l'extérieur des deux grandes régions urbaines aussi. »

Par ailleurs, « on sent un appétit assez élevé » pour une élection, souligne M. Bourque. « Normalement, on le sait, il y a peine plus de la moitié des gens qui votent. Les gens n'aiment pas aller voter, mais 44 % des gens qui veulent une élection, c'est un taux relativement élevé. »


Conflit étudiant mal géré

Plus des deux tiers des Québécois jugent que le gouvernement Charest n'a pas été à la hauteur pour gérer la crise étudiante qui perdure depuis près de trois mois.

Pas moins de 69 % des répondants interrogés par Léger Marketing, y compris plusieurs libéraux, sont d'avis que le conflit a été « mal géré » par le gouvernement du Québec. Seulement 24 % des répondants pensent le contraire, alors que 7 % des répondants se sont abstenus de trancher la question.

Ironiquement, 31 % des répondants qui voteraient pour le PLQ blâment aussi le gouvernement de Jean Charest. « Même si on est d'accord avec le gouvernement sur la hausse des frais de scolarité, on trouve qu'il gère mal la crise.

Donc, ce n'est pas parce qu'on l'appuie sur le fond que, sur la forme, on lui donne notre appui. Ça peut possiblement aider François Legault qui, lui aussi, est favorable à la hausse des frais de scolarité », estime le sondeur Christian Bourque.

Les électeurs péquistes (92 %), solidaires (90 %) et caquistes (72 %) condamnent sévèrement leurs adversaires libéraux pour la gestion de la crise étudiante.

Éducation : 7e enjeu électoral

Curieusement, malgré le contexte actuel et l'omniprésence du conflit dans l'actualité depuis plusieurs semaines, l'éducation post-secondaire et le financement des universités arrivent aussi loin qu'au septième rang (10 %) dans le palmarès des priorités des électeurs.

Les répondants, qui devaient sélectionner les deux enjeux les plus importants pour eux, ont massivement choisi, à 34 %, l'amélioration et le financement du système de santé. « C'est toujours l'enjeu numéro 1, ça ne change pas », précise M. Bourque.

Suivent dans l'ordre la lutte contre la corruption et l'éthique gouvernementale (28 %), le développement économique et la création d'emploi (21 %), la réduction du déficit (13 %), la réduction de la taille de l'État (12 %) et le soutien aux familles (11 %).


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