Q-Vous avez lancé un appel au calme à vos députés et à vos militants; pourtant, il y a eu encore des remous au cours des derniers jours... Sentez-vous que ça s'est calmé?
R-Le sentiment que j'ai, c'est qu'on a resserré les rangs. On a eu d'excellents caucus, il y a eu la sortie de nos jeunes députés, ça a permis de voir qu'au Parti québécois, il y a de la relève. Donc, j'ai senti que c'était resserré. [Les militants] comptent sur leur leader et un leader, ça a une responsabilité de tenir le gouvernail et puis de continuer à aller vers le port malgré la tempête.
On a remarqué que, malgré cette crise, vous avez fait face à la musique...
Je le fais dans le calme et la sérénité. Je crois que ça aide beaucoup à rassurer autant les députés que les militants qui voient que je fais front. Je n'ai annulé aucun événement. La semaine dernière, j'ai parcouru 3 500 kilomètres, en Outaouais, à Rivière-du-Loup, je suis retournée à Québec, allée à La Malbaie... J'ai fait mon agenda comme je dois le faire.
Pourquoi avoir lancé le programme du Parti maintenant, au moment où vous sortez à peine d'une crise? Est-ce que c'est une diversion en réaction aux événements des dernières semaines?
Pas du tout, je pourrais vous montrer la planification qu'on a faite il y a un mois et demi. [...] C'était prévu qu'on sortait avant le 24 juin entre la fin de [la session à] l'Assemblée nationale et la Fête nationale. On sort le programme, il faut le rendre disponible pour les militants. C'est l'été, mais c'est aussi pour la rentrée. Et moi, je fais l'hypothèse que M. Charest pourrait décider de lancer des élections. En 2008, il avait affirmé haut et fort que jamais on irait en élections et on en a eu en décembre.
S'il y a des élections et qu'on se retrouve avec un nouveau parti de François Legault, avec peutêtre aussi un nouveau parti souverainiste, allez-vous être capables de vous positionner par rapport à tout ça?
Ça reste notre objectif d'être capable de présenter le programme du Parti. Notre programme propose des changements majeurs, il est novateur et audacieux. Il me semble qu'il répond bien aux attentes de la population québécoise. On a tout une partie qui concerne l'intégrité pour une commission d'enquête publique. Dans les 100 premiers jours, on annoncera cette commission d'enquête, on la constituera. Il y a des mesures sur l'efficacité gouvernementale, sur la création de la richesse, sur les ressources naturelles, sur la nécessité de viser notre indépendance énergétique et d'investir dans le transport en commun et les infrastructures.
Que pensez-vous des problèmes routiers à Montréal...?
Il faut miser sur le transport en commun. Ça n'a aucun sens ce qui se passe actuellement à Montréal, c'est une catastrophe... J'entendais Caroline Saint-Hilaire, la mairesse de Longueuil. Elle a raison, il faut plus de coordination.
Avez-vous pensé à tout ce qu'on perd en productivité ? C'est des milliards. Quand on passe une heure et demie dans sa voiture, quand les camionneurs ne peuvent plus entrer à Montréal dans les heures qui leurs sont imparties pour livrer leur marchandise, il y a un coût à tout ça.
Vous parlez d'investir dans les infrastructures, dans le transport en commun, mais ça coûte cher. Où allez-vous prendre l'argent ? Pensez-vous pouvoir faire des économies en rationalisant les dépenses du gouvernement, dans la fonction publique?
Nous pensons, nous, qu'il est possible de débureaucratiser et d'écraser les structures. Très sincèrement.
On ne peut pas avoir un ministère de la Santé et 20 ministères de la Santé dans les régions. Moi, je préfère qu'on garde du personnel dans les régions parce qu'on gère mieux quand on est plus près du terrain. Alors, ça veut dire qu'il faudra revoir les mandats et responsabilités du ministère de la Santé qui devrait être un ministère régulateur : on fixe des objectifs, on crée des politiques, les gens les appliquent, on vérifie les résultats, puis après, on corrige le tir.
La même chose à l'éducation. Il y a des commissions scolaires, parfait. Alors, à ce moment-là, le ministère de l'Éducation doit se départir d'un certain nombre de fonctions. Il y a des petits bureaux du ministère de l'Éducation dans les régions. Là, semble-t-il, ils prennent de plus en plus de place. On a des commissions scolaires, on peut être plus exigeant, on peut leur en demander plus, mais on ne va pas en rajouter.
Vous promettez un gouvernement plus responsable, plus efficace... Allez-vous être capable de freiner la croissance des dépenses?
Ce gouvernement avait promis qu'il n'augmenterait ses dépenses que de 2,8%. Elles vont augmenter de 3,7%. Il a fait toutes sortes de diversions. Ils ont créé des fonds spéciaux, mais ils ne les incluent pas dans leur croissance. Pourtant, ce sont des dépenses de fonctionnement. Le Vérificateur l'a soulevé. Et ça augmente de 3,7%, ça veut dire 1,7 milliard de plus que ce qu'ils avaient prévu. Ils ne réussissent pas à contrôler la croissance des dépenses.
Pensez-vous qu'on pourrait même penser à une décroissance, une réelle réduction des dépenses?
Non, je ne crois pas. Je ne pense pas qu'on soit capable. Je ne m'engagerai pas à ça. Déjà, de maintenir le niveau de croissance lié au niveau de croissance de notre richesse, réussir ça, là, 2 ou 3% par année, il faut quand même tenir compte de l'inflation. Dans le fond, il faut revenir à l'équilibre budgétaire, puis il faut maintenir ces taux de croissance là. Sans en faire une politique systématique, faudra toujours se poser la question quand on crée un programme, est-ce qu'il y a d'autres mesures qu'on remet en question en conséquence, ou à tout le moins en créant un nouveau programme, on n'augmente pas les coûts du gouvernement, la croissance des dépenses.