Maxime Huard
Agence QMI

Aga Khan: le voyage de Trudeau était problématique, ami ou pas, dit l'ex-commissaire à l'éthique

Aga Khan: le voyage de Trudeau était problématique, ami ou pas, dit l'ex-commissaire à l'éthique

AFP

Maxime Huard

OTTAWA | Ami ou pas avec l'Aga Khan, le premier ministre Justin Trudeau s'est mis dans l'eau chaude en acceptant de séjourner sur l'île du leader spirituel à la fin 2016, selon l'ex-commissaire à l'éthique Mary Dawson.

«Dans les deux cas, il allait y avoir un problème», a dit Mme Dawson devant le comité de l'éthique de la Chambre des communes, mercredi.

Au terme d'une enquête de 11 mois, la commissaire a déposé le 20 décembre dernier son rapport Trudeau. Elle a conclu que le premier ministre a contrevenu à quatre articles de la Loi sur les conflits d'intérêts lorsqu'il a séjourné sur l'île privée de l'Aga Khan, un richissime leader spirituel, du 26 décembre 2016 au 4 janvier 2017.

Le premier ministre canadien s'est toujours défendu en soulignant que l'Aga Khan était un ami personnel et qu'il pouvait donc accepter le «cadeau» d'aller passer des vacances sur son île privée dans les Bahamas.

Or, la commissaire a déterminé que «M. Trudeau et l'Aga Khan ne sont pas des amis au sens de la Loi». Le premier ministre ne pouvait donc pas utiliser cette exception dans la loi.

Toutefois, Mary Dawson est allée plus loin mercredi en assurant que même si l'Aga Khan avait été considéré comme un ami, le voyage demeurait problématique, car Justin Trudeau a rencontré par la suite le leader religieux pour des questions officielles.

«Si vous êtes dans une position de pouvoir et que vous avez une relation amicale qui se développe, vous êtes mieux de faire attention», a analysé la commissaire sortante.

Le cadeau du voyage offert au premier ministre peut raisonnablement être perçu comme une tentative d'exercer une influence auprès de lui, selon Mme Dawson.

C'est pourquoi elle suggère de se débarrasser complètement de l'exception dans la Loi sur les conflits d'intérêts qui permet à un élu de recevoir des cadeaux d'un ami. «Ce n'est pas une bonne idée d'avoir cette exception dans la loi. Ça crée de la confusion inutilement», a-t-elle expliqué, ajoutant que la notion d'ami n'est même pas définie dans la loi.

La fondation de l'Aga Khan, qui exerce des activités de lobbying auprès du gouvernement, a reçu plus de 330 millions $ du fédéral depuis 1981 pour différents projets humanitaires.

Au cours de son témoignage, Mary Dawson a également soutenu que la loi ne devrait pas prévoir de sanctions additionnelles. «L'opinion publique et la volonté d'être réélu devraient être des incitatifs suffisants pour se conformer à la loi», a-t-elle commenté mercredi.

La veille, la majorité libérale sur le comité avait battu une motion conservatrice visant à forcer le premier ministre à venir témoigner devant le comité.



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos