Dominique La Haye
Agence QMI

EI: le Canada mettra fin aux frappes aériennes

Dominique La Haye

Dernière mise à jour: 08-02-2016 | 18h28

OTTAWA - Le Canada cessera ses opérations de frappes aériennes pour lutter contre le groupe armé de l'État islamique (EI) d'ici le 22 février, mais il triplera en revanche le nombre de soldats déployés en Irak pour former et assister les troupes locales.

Après des semaines de tergiversations sur l'avenir de la mission canadienne en Irak et en Syrie, le premier ministre Justin Trudeau a mis fin au suspense, lors d'une annonce à Ottawa lundi.

Le gouvernement libéral donne ainsi suite à un engagement électoral de retirer les six avions CF-18 qui effectuent des frappes en Irak et en Syrie contre l'EI depuis l'automne 2014, avec ses partenaires de la coalition internationale menée par les États-Unis.

La mission, qui prend un virage axé davantage sur l'aide humanitaire et la formation, s'étendra jusqu'au 31 mars 2017. Elle devrait ensuite être prolongée pour une deuxième année après avoir été évaluée et approuvée par le cabinet.

«Notre approche (comprend) trois volets: sécurité, développement et diplomatie», a soutenu le premier ministre. «Pour nous, c'est la bonne approche et nous sommes confiants que ce que nous avons mis sur la table. Maintenant, c'est une mission digne de nos Forces armées et digne du Canada dans la lutte contre l'État islamique», a ajouté M. Trudeau.

Si le Canada retire ses avions de chasse, il maintiendra cependant la contribution aérienne d'un CC-150 Polaris, afin de ravitailler en carburant les avions des pays qui poursuivront leurs frappes aériennes, ainsi que ses deux appareils de surveillance aérienne CP-140 Aurora.

Selon M. Trudeau, cet appui montre que les Canadiens sont de «bons partenaires» de la coalition.

Le Canada fera aussi passer de 650 à 830 le nombre de soldats déployés dans cette région du monde et continuera d'axer ses efforts sur le repérage, le renseignement et la planification opérationnelle.

La taille de la mission de formation et d'assistance pour aider les forces de sécurité irakienne au sol sera pour sa part appelée à tripler, passant de 69 militaires des forces spéciales à environ 200. Le Canada fournira de l'équipement, comme des armes de petit calibre, des munitions et des dispositifs optiques.

Pertes à venir?

Tant le premier ministre que le chef d'état-major des Forces armées canadiennes, Jonathan Vance, ont reconnu que la mission redéfinie n'était pas sans risque pour les militaires déployés en Irak.

«Notre rôle de formation, de conseils et d'assistance consiste parfois à se battre contre un ennemi actif et déterminé. Des morts et des blessés sont possibles», a prévenu le général Vance.

M. Trudeau a néanmoins insisté pour dire qu'il ne s'agissait pas d'une «mission de combat».

Approche plus chère

Le Canada entend donc dépenser 1,6 milliard $ sur trois ans dans le cadre de cette nouvelle approche. Une enveloppe de 840 millions $ en aide humanitaire sera octroyée pour répondre aux besoins de base des personnes durement touchées par le conflit et 270 millions $ iront à renforcer la capacité locale d'offrir des services sociaux de base.

Le Canada veut aider à prévenir la propagation de «l'extrémisme violent» en Jordanie et au Liban et fournira une équipe de conseillers stratégiques au gouvernement de l'Irak.

Le premier ministre a indiqué que l'avenir de la mission sera soumis à un débat aux Communes à compter de la semaine prochaine, lorsque les travaux parlementaires reprendront.

Recul

L'opposition officielle a critiqué l'approche du gouvernement, la qualifiant de «recul» pour le Canada.

«Les CF-18 étaient la seule chose implicitement reliée à un aspect combatif contre l'État islamique», a lancé le porte-parole en matière de défense nationale des conservateurs, Pierre Paul-Hus.

«On ne se salira pas les mains avec le sang des terroristes, parce que le seul aspect de combat, c'était les CF-18 et on les retire. Donc l'idée du gouvernement libéral en place, c'est d'aider, mais à l'arrière complètement et non plus en aide directe aux pays de la coalition qui interviennent directement contre l'ennemi», a ajouté le député.

Confusion

La porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, a pour sa part déploré «l'ambiguïté» entourant la mission redéfinie.

«Même si on dit qu'on ne mêlera pas le militaire et l'aide humanitaire, il semble y avoir une confusion des genres ici et je suis très préoccupée par rapport à ça, a soutenu la députée. On sait que de mêler l'action militaire et l'aide humanitaire, c'est potentiellement très dangereux pour les travailleurs sur le terrain, dangereux pour les populations qu'on veut aider et ça peut nuire à l'opération militaire et à l'opération humanitaire», a-t-elle ajouté.

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