TORONTO – Le gouvernement hésite à entériner le retour au pays d'Omar Khadr, accusé du meurtre d'un soldat américain, et ce, tant que les autorités américaines n'auront pas remis les vidéos des entrevues du prisonnier avec des psychiatres de la prison de Guantanamo Bay.
Dans une lettre officielle envoyée jeudi à la fois au secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, et à l'avocat torontois de Khadr, John Norris, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, affirme que les responsables canadiens doivent d'abord avoir accès aux séquences vidéo sous scellés des entretiens avant de permettre à Khadr de terminer sa peine au Canada.
Les entrevues d'Omar Khadr ont été menées par deux psychiatres au cours de la période qui a précédé son procès, en 2010.
Le ministre Toews y affirme également que des rapports complets du Dr Michael Welner et du Dr Alan Hopewell n'ont pas été fournis au Service correctionnel du Canada et à la Commission des libérations, et que les deux sont nécessaires pour administrer la peine d'Omar Khadr au Canada.
Radical plus dangereux?
Le docteur Welner, qui a interviewé M. Khadr pendant huit heures en juin 2010 et qui a passé « des centaines d'heures » à creuser son histoire, en était venu à la conclusion que ce dernier était devenu un radical encore plus « dangereux » en purgeant sa peine dans la prison de Guantanamo Bay à Cuba, en raison principalement des prisonniers djihadistes adeptes de la ligne dure qu'il avait côtoyé, des liens continus de Khadr avec des groupes terroristes comme al-Qaïda, de sa loyauté envers sa famille islamiste radicale et de sa célébrité parmi les militants djihadistes antioccidentaux.
Lors de l'audience menant à la condamnation de Khadr, le docteur Welner avait présenté un document contenant 73 faits, tous « incontestés » par les avocats de M. Khadr, disait-il, montrant pourquoi il continuait d'être une menace.
Khadr a plaidé coupable à plusieurs accusations en 2010 et a été condamné à 40 ans de prison, mais dans le cadre d'un accord sur sa culpabilité, il a reçu une peine de huit ans de prison et il doit en principe terminer de la purger au Canada.
Bien que le Canada ait accepté le principe de son rapatriement en 2010, le ministre Toews a résisté de toutes ses forces au retour d'Omar Khadr, arguant que la sécurité publique l'emportait sur les désirs des sympathisants de M. Khadr.
Le ministre Toews a aussi déjà fait savoir qu'il ne serait pas « poussé » à prendre une décision.