OTTAWA – Le premier ministre Stephen Harper a fait savoir qu'il votera contre une proposition d'un de ses députés, déposée jeudi aux Communes, et qui vise à rouvrir le débat sur l'avortement.
Le premier ministre a pris cette position lors de la période de questions aux Communes, soit peu de temps avant que le député conservateur Stephen Woodworth ne présente sa motion.
Fortement opposé à l'avortement, ce dernier souhaite revoir l'article 223(1) du Code criminel et demande, pour ce faire, qu'un comité spécial parlementaire soit créé et chargé d'examiner si un fœtus doit être considéré comme un «être humain» avant le moment de sa naissance.
Si la motion est adoptée, ce comité devrait ensuite présenter un rapport final dans lequel il répondra à la question suivante : «Quelles preuves médicales existe-t-il démontrant qu'un enfant est ou n'est pas un être humain avant le moment où il a complètement vu le jour?»
Pressé de questions par le chef du NPD, Thomas Mulcair, qui lui demandait comment il avait «permis» que soit rouvert le débat sur l'avortement, le premier ministre a rétorqué qu'il avait les mains liées.
«C'est le droit d'un député de déposer une motion, c'est le droit de n'importe lequel des députés et le chef du parti ne contrôle pas ça», a-t-il lancé.
Le premier ministre a plutôt pointé du doigt un sous-comité parlementaire composé de trois députés de chacun des partis qui a accepté que la motion du député conservateur soit débattue et soumise à un vote aux Communes.
«Ce comité composé de trois partis a décidé, malheureusement à mon avis, qu'il y aura un vote et moi je vote contre cette motion», a soutenu M. Harper.
Réactions virulentes
Même si un vote sur la motion n'aura lieu que dans plusieurs semaines, celle-ci a néanmoins provoqué un débat d'une heure aux Communes, jeudi.
Les partis d'opposition ont ainsi accusé le gouvernement Harper de vouloir rouvrir le débat sur l'avortement par la porte d'en arrière en laissant un député d'arrière-ban présenter une telle motion.
La députée néo-démocrate Niki Ashton a affirmé que les conservateurs avaient «attendu de devenir majoritaires avant de dévoiler leur agenda caché».
L'auteur de la motion a pour sa part défendu sa position, estimant qu'un fœtus doit être considéré comme une personne humaine avant le moment de la naissance. Selon M. Woodworth, un député ontarien, la définition d'être humain est «vieille de 400 ans» au Canada et possiblement différente de ce que la «science médicale moderne» dit sur le sujet.
«C'est la première fois qu'on entend que les conservateurs sont intéressés par quoi que ce soit de scientifique. Fallait que ça touche le fœtus et l'avortement», a pour sa part ironisé la députée néo-démocrate Françoise Boivin. Selon elle, il en va de la «liberté de choisir des femmes».
Le député libéral Denis Coderre a pour sa part qualifié de «malhonnête» la motion du député conservateur.
«S'il veut être honnête, pourquoi ne vient-il pas dire ici qu'il veut criminaliser l'avortement à nouveau», a-t-il questionné.
Divisions
La motion crée cependant des divisions dans les rangs conservateurs. Le ministre et député de Beauce, Maxime Bernier, a indiqué qu'il imiterait le premier ministre en votant contre la proposition de M. Woodworth, estimant qu'elle ne respectait pas les «engagements électoraux» de son parti.
Même son de cloche de la part de l'ancien ministre de la Défense nationale, Gordon O'Connor.
«La société est passée à autre chose», a-t-il dit lors du débat, invitant ses collègues à voter contre la motion.