OTTAWA – Les propos controversés du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu ont provoqué une onde de choc dans les milieux politiques et juridiques.
«Faudrait que chaque assassin ait droit à sa corde dans sa cellule», a déclaré M. Boisvenu mercredi matin lors d'un point presse à l'entrée du caucus conservateur, précisant toutefois qu'il était contre la peine de mort. «Je pense à (Clifford) Olson, je pense à […] des tueurs en série qui n'ont aucune possibilité de réhabilitation», a-t-il expliqué aux journalistes.
La chef néo-démocrate intérimaire Nycole Turmel et son homologue libéral Bob Rae, ont exigé que le premier ministre Stephen Harper lui retire ses fonctions de porte-parole en matière de justice au Sénat.
«M. Harper devrait avoir une bonne conversation avec ce type-là et vraiment, si ses idées sont comme il l'annonce, il devrait lui demander de se retirer parce que ça ne représente pas la société canadienne», a lancé Mme Turmel. «Ça montre un manque de compréhension de notre système, a renchéri M. Rae. Il vient de proposer une activité franchement criminelle au sein de nos prisons. C'est inacceptable.»
Pour le député libéral montréalais, Denis Coderre, M. Boisvenu a tenu des propos «indignes de sa fonction» de sénateur. «C'est criminel, l'incitation au suicide», a-t-il regretté.
Même s'il serait probablement «acquitté» d'une accusation d'incitation au suicide, la néo-démocrate Françoise Boivin, avocate de formation, considère que M. Boisvenu a dépassé les bornes.
Selon le député bloquiste Louis Plamondon, M. Boisvenu aurait d'ailleurs dû éviter ce «commentaire déplacé» alors que commence dimanche la Semaine de prévention du suicide. «Si la peine de mort doit être restituée, ça doit relever de l'État. On ne donne pas aux gens des incitatifs au suicide», a-t-il souligné, tandis que Maria Mourani, elle aussi députée du Bloc québécois, a accepté les excuses du sénateur. «Je pense que M. Boisvenu est encore un homme qui souffre», a-t-elle dit en entrevue.
Jacques Demers, également sénateur conservateur s'est pour sa part désolidarisé de son collègue, se disant «totalement en désaccord» avec lui.
M. Boisvenu a dit regretter ses propos qui auraient dépassé sa pensée. «C'est un commentaire que je n'aurais pas dû faire», s'est-il excusé, conscient que son avenir est maintenant entre les mains du premier ministre.
Mais Stephen Harper s'est plutôt porté à sa défense. «Le sénateur a déjà retiré ses propos», a-t-il indiqué, rappelant que Pierre-Hugues Boisvenu a perdu sa fille aînée en juin 2002, assassinée par un criminel récidiviste.
Excuses ou pas, le tort a été fait, a commenté l'avocate criminaliste Debora Thomasis, qui doute de la sincérité des excuses du sénateur. Elle estime que les propos «épouvantables» de M. Boisvenu «jettent un discrédit» sur le système judiciaire et que, «pris tels quels, ils peuvent être suffisants pour porter des accusations» d'incitation au suicide en vertu de l'article 241 du Code pénal.
Mercredi matin, le sénateur Boisvenu avait également préconisé l'expulsion des trois Shafia reconnus coupables du meurtre de quatre membres de leur famille, car leur emprisonnement coûtera «10 millions $ à l'état canadien».